Bar al-Islam, comment concilier alcool et Ramadan?

 Calé entre les mois de Chaabane et Chawwal, le mois de Ramadan a débuté et avec lui le jeûne rituel qui n'est jamais de tout repos pour les fidèles alcooliques. Être un pilier de bar et tenter de respecter les Cinq Piliers de l'Islam n'est pas chose aisée. A noter que cela ne va pas sans une certaine contradiction. En effet, qu'une religion dont la langue officielle a donné au monde les mots "alcool" et "alambic" en vienne à proscrire la picole, revient à imaginer Jacquie et Michel interdisant la masturbation à leurs abonnés. Mais bon... Afin de vous permettre de respecter le calendrier liturgique sans vous fâcher avec Le Très Haut, Whiskyleaks vous donne quelques conseils pour concilier alcool et Ramadan. 

 

1- A la recherche de la saoulrate cachée.

Attention ! N'attendez pas non plus une révélation fracassante, on n'a pas trouvé la cent-quinzième sourate qui autoriserait tout le monde à picoler gaiement. Dommage. Mais il faut peut-être regarder ailleurs que dans Le Livre pour trouver la solution. 

Et pourquoi pas du côté d'un texte qui a fait beaucoup pour les fidèles alcooliques, les célèbres Quatrains de l'immense Omar Khayyam. Pour ceux qui ne le connaîtraient pas, Omar Khayyam a vécu au XI° siècle, était philosophe, poète, astronome et donc, alcoolique. Proche de Nizam el-Mulk (sorte de Richelieu Persan), la légende raconte qu'il croisa aussi la route de Hassan Sabbah (le fondateur de la secte des Assassins). Il aurait ainsi bénéficié sa vie durant d'une certaine protection - ce qui lui permit de picoler tranquillement dans son observatoire. Même si l'on raconte qu'à force d'étudier les étoiles il finit par douter que le ciel abritât une autre Présence, il put écrire à loisir sur sa passion pour le vin. Ses Rubayat, courts poèmes de quatre vers s'adressent directement aux adeptes qui traversent une crise spirituelle et les décomplexent de céder à l'appel du goulot : 

Sache ceci : que de ton âme tu seras séparé, 
Tu passeras derrière le rideau des secrets de Dieu.
Sois heureux... tu ne sais pas d'où tu es venu;
Bois du vin... tu ne sais pas où tu iras.
 
 Elle est peut-être là donc la Saoulrate cachée. Sinon, cela fait toujours un bon mantra a se répéter en cas de tentative de culpabilisation ou de procès public. 

 

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Hipster avant l'heure, le poète Persan serait à l'origine de la variation iranienne d'un célèbre cocktail : la Omar-garita

 

2-Boire un whisky distillé dans le Dar al-Islam.

Pour boire un whisky distillé dans le Dar-al-Islam (les terres d'Islam pour faire simple), il faut se tourner vers le Pakistan ou la distillerie Murree produit bières, whiskies, et gins, un business ésotérique dans un pays ou la consommation d'alcohol par un musulman est passible de 80 coups de fouet...

Fondée en 1860 pendant l'age d'or du British Raj, Murree avait pour fonction essentielle de fournir en alcohol les bidasses et autres fonctionnaires coloniaux britanniques de passage dans le Penjab. La distillerie originelle, située à Ghora Gali, fut détruite en 1947 lors des embrouilles de la partition Indienne et l'ensemble de la production rapatrié sur le site actuel de Rawalpindi.

Aujourd'hui, et ce malgré l'interdiction ubuesque de vendre de l'alcohol aux Musulmans (qui représentent 97% de la population pakistanaise) Murree semble plutôt bien se porter et produit une gamme complète de single malts avec, comme tête de gondole, un 21 ans Rarest Single Malt dont on a entendu dire du bien. On n'a pas pu le goûter, car il est très difficile de s'en procurer mais si vous passez par le Pakistan n'hésitez pas à vous en envoyer un verre ou à ramener une bouteille, on vous échangera un sample contre une gâterie made in Port Ellen

 

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Murray Rarest 21 ans: le top du Single Malt dans le Dar-al-Islam

 

3-Lire les mémoires d'un alcoolique en terre d'Islam.

Curieux de savoir pourquoi on boit ou pourquoi on ne boit pas, Lawrence Osborne se lance dans un grand voyage à la recherche de la dimension civilisationnelle de l'alcool. Et le type ne plaisante pas. Questionné par la CIA sur les raisons de sa présence à Islamabad, il répond simplement : "Je suis venu voir s'il me serait possible de m'enivrer ici". Au cours d'un échange savoureux, l'agent se trouve assez désemparé, s'inquiète pour la santé du voyageur mais ce dernier ne désarme pas. Sa dialectique est impeccable et sa volonté implacable : "On m'avait dit que l'alcool était désormais si sévèrement réprimé au Pakistan qu'un excès de boisson pouvait à lui seul se transformer en aventure culturelle. Dans un des pays hostiles à l'alcool les plus dangereux du monde, je me demandais quel effet cela ferait de se saouler." On ne peut qu'être admiratif devant cet engagement. Alexandra David Neel, T.E. Lawrence represent.

Entre un Nouvel An à Mascate, capitale du Sultanat d'Oman, une visite à la distillerie Muree pour apprécier la bonne qualité des fûts ou la formulation d'une angoisse existentielle –  : "Où trouver à boire pendant une guerre civile ?" – , Lawrence Osborne fait le tour de la planète à la recherche de ce qui nous pousse à boire. 

Boire et déboires  est d'une lecture particulièrement agréable. On en sort cultivé et rassuré, l'alcool reste un langage universel.

 

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L.awrence Osborne, Boire et déboires et terre d'abstinence, Hoëbeke 2016, 248 p. , 20 euros

 

 

4- Boire un cocktail en terre impie

Si vous vivez en Cisjordanie, il se peut que vos libations soient contrariées pendant le mois du jeûne. Il vous reste pourtant une option audacieuse quoique plutôt risquée: passer à l’ennemi. Si Israël, gentiment appelé "Grand Satan" par nos amis iraniens, n'est pas réputé pour son accueil chaleureux envers les adorateurs du prophète, ce pays reste pourtant une terre ou se procurer de la tisane n'est pas un problème. Il vous faudra pour cela franchir le mur et nous vous invitons à laisser votre couteau suisse à la maison lors de votre passage au check-point de Qalandiya, les gardes frontières y sont en effet un peu tatillons. Il faudra sûrement vous déguiser en femme, les hommes musulmans n'étant généralement pas les bienvenus en terre sainte, mais ce n'est que bien peu de désagrément quand on sait ce qui vous attend à Tel Aviv. Ici personne ne vous fera de remarque quand à votre consommation d'alcool et les locaux seront ravis de vous servir quelques rasades de leur whisky préféré: le Glen Yiddish. Si vous souhaitez approfondir votre culture cocktail, n'hésitez pas à vous rendre à L'Imperial Craft, réputé pour être le meilleur bar du Moyen Orient, vous ne vous y sentirez pas seul, nous y avons croisé un pèlerin tout droit venu de La Mecque.

 

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En conclusion : Joue-la comme Benzema

Si vraiment votre entourage vous menace d'une fatwa, faites la discrète comme KB9 et attendez que Abu Francky tourne la tête pour faire péter le champ'. 

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Bonus: Une Note Musicale!

 

 

 

4 comments

  1. Olybrius 9 juin, 2016 at 17:26 Répondre

    Une note très rafraîchissante…! Juste un petit détail : pour le régime iranien, Israël est le « Petit Satan ». Le « Grand Satan », ce sont les Etats-Unis.

    • whiskyleaks 9 juin, 2016 at 17:39 Répondre

      En effet tu as parfaitement raison , cela dit tout est en train de changer avec le récent rapprochement entre les deux pays, il n est donc pas impossible que le petit satan devienne grand !

  2. Alcoolique notoire 30 mai, 2017 at 19:49 Répondre

    Mdr cet article ! Vraiment pas mal. J’étais plié sur la conclusion avec kb9. Sinon j’ai appris pas mal de trucs.

    Merci

  3. Alcoolique notoire 30 mai, 2017 at 19:52 Répondre

    D’ailleurs, ce site que je découvre est vraiment sympa. Une sorte de slate mais version 100% pillave.

    Vive la TIZE !!!

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