Lagavulin 8 ans (48%, OB 2016): Classieux (Clay)!

 

Lagavulin 8 Bottle

Pour fêter son deux centième anniversaire, Lagavulin a choisi de faire un pied de nez à la tendance actuelle des whiskies NAS, et de proposer à ses nombreux fidèles un Lagavulin 8 ans censé reproduire le style des whiskies sortis par la distillerie d'Islay au temps jadis. C'est bien entendu une gageure, puisque les variétés d'orge, les méthodes de production, et les futs utilisés aujourd'hui n'ont plus grand chose à voir avec ceux de l'époque révolue dont Lagavulin cherche à raviver la mémoire.

Cela étant dit, on se doit de louer le principe de mettre sur le marché un whisky accessible et dénué du bordel médiatique insipide qui accompagne chaque nouvel embouteillage du voisin Ardbeg. Il faut bien le reconnaitre, lors des vingt dernières années Lagavulin est devenue la distillerie la plus classe d'Islay, faisant la nique au trio historique Bowmore, Ardbeg, Laphroaig, à coups de communication minimaliste, d'excellent whisky, et de bonne gestion des stocks. Ce qui fait surtout la différence entre la tête de gondole de l'écurie Diageo et ses concurrentes, c'est qu'elle s'est passée de prendre ses clients pour des abrutis: il n'y point ici de place pour les noms à la mords-moi-le-noeud et l'on cultive une image clean bâtie a coups de mentions d'age et d'éditions limitées relativement abordables (à l'exception du vieux-beau Lagavulin 37 ans).

 

Voyons ce que vaut ce jeune Islay avec lequel Lagavulin inaugure le troisième siècle de son existence:

 

Œil : Blé Jeune.

 

Nez : Du jeune matos assurément mais la touche Lagavulin est là: tourbe matinée d’un gout de banane qui me rappelle cet antibiotique qui accompagnait toujours les otites de ma jeunesse. Citronné, iodé, précis comme à l’habitude de la distillerie de Port Ellen. Un coté sucré qui rappelle un peu Kilchoman, qui fait désormais figure de référence dans le rayon des Islays pré-pubères, crème pâtissière et beurre de barate, poivre blanc et vin blanc sec. La couleur de l’innocence.

 

Bouche : En avant la tourbe, locomotive à vapeur et pelle à charbon : boulle de suif ! Consistance étonnante qui oscille entre l’onctueux et l’aqueux. Le deuxième rideau est plus fruité et parfumé : pêche de vigne, citron, pétales de rose qui laissent la place à des épices bien senties : clou de girofle, poivre blanc et piment de Cayenne. Chocolat en poudre, sel et algues. Retour de la fumée avec de la gentiane et de la menthe forte genre Ricqles.

 

Finale : Moyen longue, un poil d’amertume, acidulée et sur de la fumée et réglisse noire.

 

Pour fêter son 200eme anniversaire, Lagavulin a choisi de pédaler à rebours (#huysmans) et de proposer un whisky jeune et accessible mais avec mention d’âge. Bien lui en a pris car même si le jus est assez simple, il n’en garde pas moins la précision caractéristique qui a fait la réputation de la distillerie. C’est aussi une façon de faire savoir qu’avec un jeune whisky de cette qualité, Lagavulin a encore de beaux jours devant elle !

 

P.S : Pour rigoler on a comparé ce Lagavulin 8 ans avec le Lagavulin 12 ans 2015 qui ne boxe pas tout a fait dans la même catégorie. L’effet brut de fut et les quatre ans de vieillissement supplémentaires se font sentir au niveau de la consistance et de la complexité. Dans quelque temps, promis, on fera une verticale Lagavulin.

 

Note : A (Joris-Karl Huysmans)

 

Prix : 59,99 euros chez les Hollandais (Prolétariat Insulaire).

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