Lagavulin 12 ans 2015 (56.8%, OB 2015) : Madame Verdurin !

 

Lagavulin 12 2015

 

Fresque historique autant que médiation sur les rapports humains, « À la Recherche Temps Perdu » de Marcel Proust met en scène l’émergence de la bourgeoisie fortunée aux dépens de la noblesse dans la haute société parisienne du début du 20eme siècle. C’est ainsi que le salon de la bourgeoise Mme Verdurin prend progressivement le pas sur celui de la Duchesse de Guermantes, isolée dans ses certitudes, ses accointances vieillissantes et ses « habitus » surannés.

 

Le monde du whisky est sans doute en train de vivre un tel changement de paradigme car, comme le montre bien la myopie de ceux qui ont fixé les prix des Diageo Special Releases de cette année, les expressions les plus nobles (Brora, Port Ellen, etc.) sont devenues tout à fait intouchables. Pour les amateurs de malt, le haut du panier est maintenant rempli de whiskies plus jeunes mais en phase avec leur temps qui, sans être bon marché restent accessibles pour le commun des mortels : la série Octomore, les Glendronach, et ce Lagavulin 12 ans 2015 qui, comme nous le disions il y a peu, représente le meilleur rapport qualité prix au sein des Special Releases. Voyons ce que ce nouveau champion du Faubourg Saint-Germain a dans le pantalon.

 

Œil : Doré léger

 

Nez : Il se passe beaucoup de choses, mais ce qui frappe d’entrée c’est l’excellente intégration de la tourbe. Notes d’agrumes, citrons et yuzu, recouvertes d’une tranche de jambon blanc qui n’est pas sans rappeler certains Octomore. Se découvre ensuite une palette marine que l’on pourrait qualifier de « typique », faite d’embruns, d’iode, et de sel de mer. Une nouveauté pour cette année, il y a comme une odeur boisée, je dirais cèdre du Liban et épluchures de crayon… Enfin il y a un coté médicinal avec du camphre et de l’eucalyptus. Un matos bien branlé !

 

Bouche : Tourbe d’entrée, mais qui semble plutôt sur des notes de terre que de mazout. On retrouve un peu de cette ambiance jambon et agrumes qui était présente au nez mais avec une adjonction de chocolat en poudre. Devient rapidement salé et minéral en même temps que la tourbe commence sa mue vers des racines et autres rhizomes : gentiane et réglisse. On tend alors vers les hydrocarbures : huile de moteur et fumée d’échappement ; fumigations (#marcelproust) et huile de tournesol qui épaissit le tout.

 

Finale : Longue. Minérale et sur des notes de racines, en particulier réglisse et fumée et de l’iode : Bétadine !

 

Oubliés les bien trop snobs Port Ellen et Brora, on leur préfère désormais ce Lagavulin 12 ans Cask Strength qui sait vivre avec son temps ! On n'a pas gouté le nouveau Port Ellen mais on fait confiance a Serge Valentin qui, dans une note récente le mettait sur un pied d'égalité avec ce Lagavulin. La finale de l’expression 2015 est très minérale, ce qui n’est pas sans rappeler les grands et vieux Clynelish. Personne ne s’en plaindra. L'un des embouteillages à ne pas rater cette année. Et un très beau cadeau de noël pour amateurs de whiskies tourbés.

 

Note : AA- (Madame Verdurin)

 

Prix : 100 euros (Bourgeoisie du Faubourg)

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