Balblair 1989 3rd Release (46%, OB 2012). François Furet !

A l'instar de l'amour du whisky, l'admiration de François Furet est souvent considérée comme révélatrice d'un penchant droitier.  Pourtant, au même titre qu'un rêve érotique un peu confus, une inclination pour l'un ou pour l'autre ne doit pas vous pousser à croire que vous éprouvez un désir inavouable pour Xavier Bertrand ou êtes un amateur refoulé de Les Républicains. Attendez donc un peu avant sortir du placard. Car François Furet n'est pas un penseur de droite - l'expression elle-même est sujette à caution - et parce qu'on peut encore boire du bon whisky sans avoir fait fortune dans la spéculation immobilière ni participé à la manif pour tous.

La preuve avec ce Balblair distillé l'année du bicentenaire de la Révolution Française, dernier grand événement de l'histoire politique du pays et objet d'étude obsessionnel de François Furet.

Balblair n'est pas la distillerie la plus connue des Highlands mais c'est une des plus anciennes et elle produit des whiskies de qualité, assez facile d'accès et hors genre (ni "méga tourbe" ni "sherry bomb"), #LGBT. Située au Nord-Ouest d'Inverness, Balblair présente ses malts non pas par âge comme c'est la règle mais par millésime, ce qui est pas mal. Les peine à jouir diront que cela ne change pas grand chose, ce n'est pas faux, mais pas complètement vrai non plus. Bref...

On goûte aujourd'hui un jus distillé en 1989 vieillit dans d'anciens fûts de bourbon et mis en bouteille après 23 années - un âge où François Furet était encore communiste.

Balblair 89

Un air de jeune homme pour un whisky de 23 ans

 

 

Couleur : or clair, translucide comme un Speysider new age

Blair : La distillerie porte bien son nom, le nez est très expressif, assez singulier même. On se bat le blair tranquille. Ce qui saute au nez c'est d'abord la pêche de vigne, fraîche et entêtante. Le raisin blanc débarque aussi et confirme l'ambiance viticole. On est presque au marché le dimanche matin à se faire un verre de blanc. Citron, plus classique puis fleur d'oranger et savon de Marseille. C'est très engageant. On plonge.

Palais : On est d"abord frappé par la douceur, on est dans la délicatesse, la fraîcheur, on est loin des pur-sang bourrins double-maturés en fûts de château pichet et ultra concentrés auxquels on s'est habitués ces temps-ci. Un whisky à boire sous la tonnelle. Chocolat, sarments du médoc, banane, un rien de porto blanc, des épices douces, poivres, gâteau à la citrouille – sans savoir si cela existe vraiment. Raisins blancs. Avec quelques minutes, vendanges tardives, raisins secs, plus de rondeurs.

Finale : Très grasse, banane, chocolat, muscat, pour un vieillissement en bourbon on ne peut qu'être admiratifs. 

Un super whisky donc, qui change un peu des mules. Une invitation à la patience, à la douceur et au travail délicat. Les fûts de la distilleries doivent vraiment être de bonne qualité tant le résultat parvient à ailier douceur et complexité. 

Note : A+ (Mirabeau à l'Assemblée Constituante)

Prix : Autour de 100 euros en France (noblesse de robe), beaucoup moins en Espagne (tiers-état)

 

Le grand œuvre de François Furet, Le passé d'une illusion, fait tristement écho à ce whisky. Autant pour l'examen de conscience post-communiste que pour ce sentiment qui nous habite en buvant ce Balblair, que ces whiskies de 25 ans, que l'on trouvait encore récemment à des prix abordables dans les épiceries de la frontière espagnole (Behobie mon amour) disparaîtront un jour de nos horizons. En effet, comme les intellectuels dans les années 1960 qui ont obstinément refusé de dénoncer un régime qui forçait son peuple à porter des chaussures à fermeture Eclair, préférant relativiser le réel plutôt que d'ouvrir les yeux, les lobbyistes qui transforment la gnôle en timbres à collectionner auront un jour à s'expliquer sur la responsabilité qu'ils portent dans le tarissement de l'amour que l'on portât jadis au whisky.

 

 

 

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