Bowmore Devil’s Cask Batch III (56.7%, OB 2015): Sodome et Bowmore!

Bowmore Devil's Cask III

 

Pour la troisième (et semble t'il dernière) expression de son désormais fameux Devil's Cask, Bowmore a choisi de changer quelque peu la recette qui avait si bien marché pour les Batch I et Batch II. Au whisky vieilli en futs de Xeres Olorosso de premier remplissage qui composait la totalité des deux premiers assemblages, la distillerie d'Islay ajouté du whisky vieilli en futs de Pedro Ximenez. Elle a aussi pris le parti du NAS puisque sur l'étiquette de la troisième mouture ne figure plus de mention d'age. On peut par contre y lire "Double the Devil" (en référence aux deux types de futs utilisés): les "génies" du marketing de la boite ont tout donné... Cela ne laisse rien augurer de bon d'autant plus que Beam-Suntory (la maison mère de Bowmore) a choisi de prendre ses clients Européens pour des Schtroumpfs en triplant le prix d'un whisky devenu plus jeune... On notera que le prix est resté le meme outre Atlantique (j'ai payé ma bouteille $99 chez mon caviste de quartier a New York).  

 

Doit on, en guise de protestation, tenter de mettre le feu au siege de la boite Japonaise, comme Dieu le fit dans la bible pour les cités dépravées de Sodome et Gomhorre? Sans doute pas, puisque Bowmore-Beam-Suntory semble avoir décidé de jouer au jeu de l'enculeur-enculé en faisant d'une expression pourtant populaire le symbole de son avidité et de son manque de bon sens commercial. Sodome et Bowmore, comme le quatrième tome de La Recherche du Temps Perdu ou Proust introduit le thème de l'inversion a travers les ébats amoureux du Baron de Charlus et de Jupien. Ce qui est révélé ici par ces ficelles trop grosses n'est pas l'omniprésence de l'homo-érotisme dans la bonne société parisienne du tournant du siècle mais l'insondable vulgarité des stratégies commerciales de certaines compagnies de spiritueux qui, depuis quelque temps, semblent n'avoir pas de limites lorsqu'il s'agit de fixer les prix des embouteillages les plus recherchés. Il faudrait leur dire aussi, que tout fut de sherry de premier remplissage dans lequel il ait pu vieillir, ce pauvre Bowmore Devil's Cask Batch III n'est qu'un vulgaire succédané des whiskies fabuleux que la distillerie produisait jusque dans les années 1970. Ne serait-il pas plus judicieux de se concentrer sur le produit plutôt que d'essayer à tout prix d'enfiler la clientele? La trame est un peu grosse, cela va finir par se voir...

 

Œil : Cuivre foncé

 

Nez : Assez alcooleux et légèrement acide au départ mais vire sur des notes de cola et de caramel brulé qui rappellent un peu les deux premières expressions. Un coté « dirty » d’oignons jeunes et de futs de madère. Vanille et sucre roux. Des dates et des prunes. Du carton, porto, de l’éponge (comme beaucoup de jeunes whiskies) et un soupçon de moutarde à l’ancienne qui soulignent un aspect mal dégrossi de whisky plus jeune.

 

Bouche : D’emblée, la tourbe est bien plus présente qu’au nez : cendres, pétrole, et huile de moteur. Cola et sucre carbonisé, un poil de fruits tropicaux : papaye et bananes flambées. Des épices. Tout cela est rapidement recouvert d’une amertume assez sèche qui se fond dans des impressions minérales et vaguement boisées. C'est le jeune Pedro Ximenez qui prend la main et se révèle assez mal intégré. Le mélange des futs n'était peut être pas une excellente idée après tout...

 

Finale : Relativement longue et plutôt plaisante. En minéralité et sur des notes de cola et de caramel.

 

Tout a déjà été dit, on ne peut pas en vouloir à ce pauvre Devil's Cask qui reste plutôt un breuvage agréable, le prix en revanche... On avait aimé les deux premieres expressions, c'est quand meme plus faible et moins cohérent. Une petite déception. 

 

Note : BBB+ (Palamede de Charlus et Jupien)

 

Prix : 250 Euros en Europe - 100 Dollars aux Etats-Unis (Aristocratie du Faubourg)

 

Bowmore Devil's 2 & 3 (1 of 1)

Devil's Cask Junior avec son frère cadet...

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