Coupe du monde Whiskyleaks 2016 : Highlands

Après la poule du Speyside qui a ouvert la compétition, on prend un peu de hauteur et on file vers les Hautes Terres. Connue pour ses châteaux hantés et ses landes désertiques, la région n'en reste pas moins un haut lieu de la production de whisky – même si la densité de distilleries par kilomètre carré est moins forte que dans le reste du pays. A noter que ce n'est pas sans sur une certaine appréhension que les juges entrent sur le terrain car les souvenirs de la dernière Coupe du monde remontent à leur narines, alors qu'une odeur d'éponge emplit la pièce – mais "c'est dans la tête" répète le coach ! 

Présentation des candidats

Glendronach 12. Le gros de la poule. Même si la distillerie a récemment été vendue, le savoir faire de ce fleuron du Sherry made est indiscutable. Nous sommes certainement à l'aube d'un changement d'époque mais l'embouteillage date encore du temps où la distillerie était indépendante – ce qu'un jour on risque de considérer comme les grandes heures de sa production. L'occasion d'un dernier trophée ? Glen Garioch 12. Si jamais il gagne, ne débarquez pas chez les caviste en demandant du Glen "garioque" car le type risque de chercher longtemps sur les étagères. Faîtes plutôt comme les paysans alcooliques de la région est dîtes "Geerie", et si le mec ne comprend pas c'est que vous avez affaire à un imposteur. Old Pulteney 12 se targue d'être le malt le plus septentrional produit dans le mainland (la "grande terre"), ce n'est pas forcément suffisant pour gagner le tire mais il faut s'attendre à retrouver dans ce distillat l'esprit de combat des pêcheurs de Wick, la ville qui abrite la distillerie et qui n'est pas franchement le pendant Écossais de la Riviera. Dernier et plus jeune candidat, Dalwhinnie Winter’s gold, le seul NAS du groupe qui avec son nom ridicule nous fait penser à ces équipes qui débarquent avec des maillots trop moulants et se prennent une branlée d'entrée par manque d'épaisseur. Mais attention, il y a du savoir faire dans cette distillerie bâtie au pied des monts Cairngorm et Monadliathh et Diageo ne sélectionne pas n'importe qui dans ses Classic Malt. Alors attention à la jeunesse et mettez une pièce sur Dalwhinnie l'ourson.

Dalwhinnie Winter’s gold

Les angoisses des juges n'étaient pas infondées. C'est l'éponge qui saute direct au nez. Mais une éponge propre. Neuve. Ambiance visite de l'usine Spontex de Beauvais. Fruit vert, plutot frais, moins dégueulasse quand même après quelques minutes. Alcooleux et direct. Un peu d’amoniac. On à affaire à un vieillissement en bourbon assez classique avec ses attributs séculaires : un peu de vanille, une pointe de miel. Il va falloir gouter. On serre les dents. 

Comme un signe, c'est d'abord un goût de cendres qui marque. Mais ensuite c'est mieux. Grave de miel (ruche hour) vieux bois. C’est certes un peu âpre et peut-être trop boisé (cf La poutre de Bamako), un whisky d’obédience coloniale. C’est pas la grosse éclate mais c'est pas horrible. Pain d’épices. Un des juges met un genoux à terre : "Il me met dur (ca remonte)". On fait un métier difficile. Mais les autres tempèrent, on a eu plus dur.

Old Pultney 12

Au nez c'est curieux : pain d’épices chimique (Prosper youpla boum). le grand retour de l’éponge dégueulasse : Pépé ballon d’or. Gelé royale. Du fruit de seconde zone. Manque de definition. Le mauvais fût prend le dessus. Cendre. Dégueulasse. Limite eau de javel.

Acqueux (le retour de la poutre) et alcooleux. A l'acqueuxleuleu... Caramel industriel. Miel de fleur d’oranger. Werther’s orginal. Dégueulasse. C’est bizarre il y a un truc sur la langue qui se barre tout de suite – ou c’est ta langue qui se barre. Jack Langue. Une certaine incohérence envahit l'esprit des juges. Le whisky qui rend dadaïste. Super astringent. Atroce.

A ce stade de la compétiton, même Joachim Low a envie de jeter l'éponge – il est pourtant habitué à sentir des trucs plus dégueulasses... 

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Mais on est des pros, il faut continuer. 

Glendronach 12 

Noix de coco, cuir. C’est bon. Ca fait du bien, on respire. Influence du cuir du sherry. Fruits tropicaux verts et murs. Au dessus du lot dans ce groupe. Grenadine et confiture de cerise. Des ces oreillers remplis de noyaux que tu achètes à Nature et Découverte pour soigner les rhumatismes de Maman ou simplement parce que tu savais pas quoi lui offrir à Noël. 

La bouche est sucrée mais te brule pas. Il y a de la longueur. Beaucoup plus riche. Peut-être un peu écoeurant et univoque. Raisin sec et fruits tropicaux sur la fin. T’as pas envie d’en boire beaucoup. Mais on est bien. Un jeu cohérent.

Glen Garioch 12  

Le nez est directement fouetté par une odeur de bonbon Régalad à la cerise. Il a un côté kirsch, saturé d'alcool dégoutant. Car c'est ce qu'on note, c'est le plus alcooleux du groupe. Noisette verte, bois vert. Un coté cognac de merde, rancio de supermarché. Fait un peu chimique. Ecoeurant.

La bouche confirme que ce que le nez craignait. Une ambiance typique de bois mal géré et du vieillissement en futs d'éponge. Cognac de merde confirmé. Épicé. Du fruit pourri. Alcooleux encore. Allez savoir pourquoi on pense à la Roumanie. C'est ultra astringent. Un gout de caramel de cuisine. Ajoutons à cela un retour pour le moins curieux et on a une idée du bordel.

Les résultats 

Grosse surprise. Tout se joue à un poil de bite (Joachim Low represents). Avec 27 points, le jeune Dalwhinnie termine en tête du groupe ex aequo avec Glendronach. Les places d'honneur sont compliquées à attribuer avec un juge qui refuse de boire à nouveau du Glen Garioch ("J'ai pas envie de finir aveugle") mais Old Pultney termine finalement troisième alors que Glen Garioch, avec 0 point devient un candidat sérieux au ballon de plomb.

C'est donc la première sensation de cette Coupe du monde, les juges sont les premiers surpris. Jamais deux whiskies ne s'étaient partagés la première place. Personne n'aurait parié sur le seul NAS du groupe. Mais c'est l'époque qui veut ça. Dalwhinnie c'est tout à la fois le Portugal de CR7 et l'Origine des espèces.. Le "Dalwhinnisme social", muter pour survivre et muscler son jeu pour gagner. 

1 comment

  1. Dan 19 juillet, 2016 at 09:20 Répondre

    Vu que c’est de saison ; il ne pourrait pas y avoir un putch pour virer tout ça et faire une coupe du monde d’Islay ? Ce ne serait pas très équitable et Mr de Coubertain ferait la gueule mais au moins on en aurait pour notre pognon !

    Cela étant dit, le Winter’s Gold et son nom marrant est un peu moins mauvais que de Dalwinie de base donc, make sense.

    Au suivant, au suivant, au suivant!!!

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