Daucourt, la maison qui se cache derrière le whisky de Booba.

Si Booba n'a jamais caché les beatmakers qui mettent sa poésie en musique, le mystère est plus épais quant aux hommes qui sont derrière le D.U.C. Whisky, premier opus liquide du génie de Boulogne. Alors que la bouteille noire (nwaare) débarque sur Terre, whiskyleaks est parti sur la piste de l'entreprise qui a prêté ses alambics à b2o. 

Expatrié aux USA, Booba est rentré au pays pour créer sa gnôle. Mais pas n'importe où. Direction la Spirit Valley charentaise et la Maison Daucourt pour mixer dans les fûts familiaux le matos appelé à concurrencer le Jack. Rien de moins. Bon choix car en matière d'alcool Daucourt connaît le game, qui produit depuis vingt ans des spiritueux en Charentes.

Sous ses airs bucolique et ronronnant, la Charentes est en train de devenir la Silicon Valley de la picole.

"J'ai (pas) vu ton boule sur les réseaux". 

Pourtant et pour paraphraser Damso, la maison est assez discrète dans les médias. La famille Daucourt est dans le whisky hexagonal – elle produit et commercialise deux expressions depuis 2010 – mais comme le DUC, elle a longtemps cherché à se faire un nom de l'autre côté de l'Atlantique. Ce qui explique son relatif anonymat chez nous. Depuis la rentrée 2017 ses productions sont disponibles en France, l'occasion donc de les goûter. 

Jules Michelet, qui popularisa le mythe fondateur de la prison symbole de l'arbitraire royal aurait salué le naming cocardier de la gamme. Les deux whiskies produits se nomment en effet Bastille 1789, un blend et un single malt, Girondins et Montagnards, on commence par le plus léger. 

 

 

Au nez c'est mielleux, comme un Abbé Seyes louvoyant à la Convention. En politique et en whisky, l'assemblage semble adoucir les angles. Des notes florales (floréal, le retour de Seyès !), un peu de sucre et du cuir. Des embruns de vin blanc. Pourquoi pas. En bouche c'est fruité – le vieillissement en fût de vin blanc – mais aussi assez poivré. Le miel est présent mais plus sec que prévu. C'est assez vif, un petit pétillant. La finale n'est pas immense bien entendu mais tire sur les chocolats et une certaine rondeur. On pense à l'Abbé Seyès qui a toujours réussi en s'en sortir. Le blend c'est la synthèse - avec un rien de calcul.

Note : B- (Seyès sous le Directoire) Prix : Environ 39 € (Tiers-Etat) 

 

Moins dilué que son collègue, Le Bastille Single Malt  titre à 43% et a vieilli notamment dans des fûts de Sauternes, de Bourgogne et de Sherry. Au nez, on sent d'emblée qu'il est plus direct. Le sherry, le bois, plus de corps, un rien de fumée, du cuir et du cendrier. Le miel. En bouche, il y a plus d'attaque, un côté Jacobin (modéré). Caramel mou, fleurs séchées et une tourbe légère, comme les nuages qui s'amoncellent sur l'arbitraire royal en 1789. La finale est plus longue, chocolat noir sucre roux et un rien de fraîcheur. Un whisky plus complexe qu'il n'y parait – comme 1789. On finit avec François Furet, la révolution n'est pas un événement, c'est un processus. 

Note :  B+ (Mirabeau)  Prix : Environ 70 € (Noblesse de robe)

Ce qui nous fait encore penser à François Furet dont Mirabeau était l'idole ultime, "le seul noble assez déclassé et le seul déclassé assez noble pour unir le passé à cet événement". On est bien. 

Conclusion

La prise de la Bastille est un événement qui a trouvé sa place dans l'histoire de France alors que son importance n'avait pas frappé les contemporains. Comme souvent c'est le présent qui détermine le passé et non l'inverse. En produisant le whisky de Booba, la Maison Daucourt fait de Bastille l'événement fondateur d'une révolution. Dans le turfu personne ne pourra ignorer que tout a débuté avec 1789. "Les vainqueurs l'écrivent, les vaincus racontent l'histoire"

 

Si vraiment vous tenez à connaitre notre avis sur le D.U.C. Triple Cask, c'est par ici.

 

 

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