Coupe du Monde du Whisky: La Finale

La finale de cette première Coupe du monde du Whisky met aux prises les vainqueurs des 4 poules. A la gauche du terrain se trouve AnCnoc 12 ans, le vainqueur surprise de la poule des Highlands, qui s’est avérée être la plus faible de la compétition. On trouve ensuite Talisker 10 ans, facile vainqueur de la poule des Islands, qui a profité du manque de préparation de l’un des favoris de la compétition, le Highland Park 12 ans. Sorti d’un groupe Speyside équilibré mais manquant cruellement de talent, Glenfiddich 12 ans semble décidé à jouer le coup a fond. Quant au Laphroaig 10 ans, qui s’est extirpé avec brio de la « poule de la mort », Islay, il fait figure de favori et possède une cote enviable chez les bookmakers de la cote basque…

 

Le Match

 

C’est en patron que Laphroaig entre en jeu, en prenant l’avantage au nez d’une tête plongée sur un centre au cordeau. Il fait l’unanimité chez les juges qui placent Talisker en seconde position, Glenfiddich est troisième et AnCnoc, qui a eu bien du mal à aligner trois passes, bon dernier.

 

En bouche c’est un peu plus serré et l’un des juges n'hésite pas à placer Talisker en première position. Il a sans doute été séduit par le jeu en première intention pratiqué par le single-malt de Skye : c’est direct et sans fioritures, un whisky total que n’auraient pas renié Johann Cruyff et les Oranje de la grande époque. Au final, comme le soulignent les deux autres arbitres, la différence n’est pas énorme entre Laphroaig et Talisker et c’est avant tout une affaire de gout personnel. C’est sans doute au niveau de l’équilibre entre le nez et la bouche que le whisky d’Islay a fait la différence. Glenfiddich et AnCnoc finissent respectivement troisième et quatrième de cette édition de la coupe du monde du whisky, ils n’ont pas démérité mais n’étaient clairement pas de taille à lutter contre les distilleries insulaires.

 

Cruff Talisker

Talisker se défait du gardien de Glenfiddich

 

Les leçons à tirer de cette première édition 

 

  • La faiblesse des single-malts d’entrée de gamme

 

La première leçon à tirer de cette coupe du monde est sans doute le faible niveau général des expressions d’entrée de gamme. Mis à part les whiskies d’Islay et le Talisker 10 (qui est voué à disparaître dans les prochains mois, n'hésitez pas à en acheter une caisse...), c’est un peu le Désert des Tartares (#dinobuzzati). Pour ceux qui n’aiment pas la tourbe, le Glenfiddich 12 ans, le single-malt le plus vendu au monde, est non seulement le meilleur choix mais aussi le meilleur rapport qualité prix (autour de 25 euros). On en vient à s’interroger sur les raisons de ce faible niveau général. Est-ce du à l’industrialisation des procédés de fabrication ? A l’abandon quasi généralisé du maltage au sol (qui est toujours pratiqué de manière sporadique chez Laphroaig) ou a l’utilisation de grains différents ? Que dire de la raréfaction des futs de qualité, qui semble évidente au vu du nombre de whiskies nous ayant gratifié d’un bien triste une-deux gout d’éponge et de savon en guise de fond de jeu? Plus que l’abandon des mentions d’âge c’est sans doute de la faiblesse du niveau des matières premières qui jouent un rôle primordial dans l’élaboration du whisky qu'il faut s’inquiéter.

 

  • Les récompenses individuelles

 

Fut de Plomb: Nous avons décidé d'attribuer le fut de plomb, le whisky le plus lourd du lot, au Ben Nevis 10 ans, mais les Glengoyne 10 ansOban 14 ansBenriach 10 ans et Cardhu 12 ans auraient aussi pu se voir décerner ce titre peu enviable. On vous conseille donc de passer votre chemin.

 

Le Mash Tun d'Or: Ce prix, qui récompense le whisky ayant défendu les valeurs de combativité, de fair-play et de respect de la tradition prônées par l'équipe de whiskyleaks est décerné au Talisker 1o ans.

 

Alambic de Platine: L'équivalent du MVP dans les sports américains va tout naturellement au vainqueur de la compétition, le Laphroaig 1o ans.

 

  • La Plus Grande Déception

 

Le Highland Park 12 ans, sur lequel nous avions tous beaucoup misé, n’a absolument pas tenu la comparaison face au Talisker 10 ans. On fait donc amende honorable en rendant aux nombreux fans de Talisker ce qui leur appartient (Ricko, on pense à toi!) : en dehors d’Islay, la distillerie de Skye produit bien le meilleur whisky de supermarché. Légère déception aussi du coté du Lagavulin 16 ans que l'on voyait tout écraser sur son passage et qui a du s'incliner d'un cheveu devant le Laphroaig. Comme quoi les dégustations en aveugle peuvent parfois faire la peau aux idées préconçues.

 

  • La domination sans Partage d’Islay

 

L’Ile des Hébrides est au whisky d’entrée de gamme ce que l’UEFA est au football international : elle règne sans partage sur le monde des expressions d’entrée de gamme. La fumée aide t’elle a masquer les imperfections qui auraient paru évidentes chez des whiskies non tourbés ou les distilleries d’Islay disposent t’elle d’un savoir faire unique ? Les maltages de Port Ellen produisent ils un malt exceptionnel ( voir à ce sujet l'excellent article de Christine Lambert sur Slate) ? Toujours est-il que chacune des expressions d’Islay que nous avons gouté (Laphroaig, Ardbeg, Lagavulin, Caol Ila) aurait pu prétendre à la victoire finale. Une leçon a méditer.

 

  • Les absents de marque et la prochaine Coupe du Monde

 

Le principe même de la coupe du monde fait que nous ne pouvions pas tout tester, mais certaines distilleries incontournables devraient faire leur entrée lors de la prochaine édition.

 

Dans le groupe des Highlands, qui a besoin d’un sérieux coup de pouce, on pense notamment au Clynelish 14Glendronach 12, et Old Pulteney 12 qui seront rejoints par le Dalmore 12 (qui s'est bien défendu dans le groupe Speyside) et prendront la place des Glengoyne 10, Ben Nevis 10, et Oban 14, décidément trop faibles pour prétendre à autre chose qu’une place au fond d’un verre de Coca.

 

Pour le Speyside, il y a foule au portillon et on voit bien un Balvenie 12, un Glenfarclas 12, ou un Benromach 10 s’incruster aux dépens des affreux Cardhu 12 et Benriach 10. Enfin on a du mal à s’imaginer ne pas donner une wild-card à l’excellent Springbank 10. Une coupe du monde du whisky sans single-malt de Campbelltown c’est quand même un peu triste.

 

En ce qui concerne Islay, il nous faudra sans doute faire entrer deux autres distilleries, on pense notamment au Bowmore 12 et Kilchoman Machir Bay.

 

On vous donne rendez-vous l'été prochain pour une nouvelle édition de la coupe du monde du whisky. D'ici là on compte sur vous pour garder vos palais affutés!

 

Revivez ici la cérémonie d'ouverture, le match des Highlands, ici la poule du Speyside, le groupe des Islands et enfin ici le groupe d'Islay.

8 comments

  1. Seb 18 août, 2015 at 22:45 Répondre

    Merci pour cette compétition, dont les rebondissements furent bien drôles à lire… et il y a de sérieuses leçons à méditer en effet !

  2. Ricko 19 août, 2015 at 22:04 Répondre

    Merci à mon tour pour cette série d’articles drôles et pseudo-sportives, ou visiblement la bonne humeur n’a pas dû manquer lors des dégustations.
    Content de la prestation de mon chouchou (merci pour la dédicace) qui s’incline en finale avec les honneurs.
    Un peu surpris de la victoire du Laph 10, car c’est le whisky qui a failli me dégoûter de ce sublime breuvage à vie, la tourbe bien médicamenteuse et l’ambiance couloirs d’hôpitaux ne sont clairement pas ce que je préfère, mais votre article me dispose à lui laisser une autre chance. Cela dit j’aime beaucoup le reste de la gamme chez Laph (on peut trouver le remarquable Quarter Cask à moins de 40 euros sur le net, une tourbe végétale « virile » mais très correcte) , mais le 10 je ne sais pas pourquoi, j’ai toujours eu un souci avec lui.
    Dans les whiskies que vous citez j’aime beaucoup le Benromach 10 new label, (le speyside un peu tourbé c’est un profil assez unique) et le Glendronach 12 car décidément ces « masters of sherry » ne savent décidément pas faire du mauvais jus.
    Longue vie à Whiskyleaks !

  3. Dan 20 août, 2015 at 14:34 Répondre

    Un simple et rapide remerciement pour l’ensemble de l’oeuvre.

    Cette coupe du monde restera das les mémoires des amateurs!

  4. Olybrius 13 juin, 2016 at 15:49 Répondre

    Yeurk… Je rejoins Ricko, le sacre de Laphroaig 10 ans et son goût d’antiseptique, de sciure et de jus de réglisse (de jus de chaussette, avec un peu de mauvaise foi ?) a autant de saveur qu’une victoire de l’Italie (#MarcoMaterrazzi)… Selon moi Lagavulin a pâti d’erreurs d’arbitrages grossières et aurait dû bénéficier d’un ou deux pénaltys non sifflés. Lagavulin et Talisker défaits, le beau jeu n’a pas été récompensé !

    Y aura-t-il bien une nouvelle édition cet été, ou les scandales de corruption à la Fédération auront raison de la Coupe ? Je serai curieux de voir ce que pourront apporter de nouveaux entrants, et qui d’ailleurs va réussir à se qualifier : Clynelish, Dalwhinnie, Deveron, Knockando, Longrow…? Certains single malt irlandais auront-ils droit à une wild card ?

    En tout cas c’était marrant, merci !

  5. whiskyleaks 13 juin, 2016 at 16:55 Répondre

    On peut déjà annoncer qu’on aura une nouvelle édition de la coupe cet été. De nombreux nouveaux entrants sont prévus, laphroaig remet son titre en jeu mais la concurrence sera féroce. En vrac kilchoman, springbank, dalwhinnie et plein d autres mais pas de Wild card pour les irlandais. À très vite pour le line up complet !

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