De la dégustation du whisky ou comment épater beau papa.

Vous qui gobez encore votre tisane préférée dans un verre droit en vous balançant tout ça derrière la glotte sans passer par la case papilles, méfiez-vous!! Lorsque l'occasion se présentera où vous serez jugé sur vos connaissances en la matière, ces modestes mais lumineux conseils sont pour vous.

1-    
Tout d'abord, parlons matos: le choix du verre est primordial.

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Si l’on vous tend un verre droit, ineptie véhiculée par Hollywood depuis un demi siècle, demandez à votre hôte un verre à pied. Pourquoi un verre à pied? 
Tout simplement pour éviter à nos grosses paluches, rendues moites et fiévreuses par la soif ou le manque, de réchauffer le liquide en se posant sur la paroi du verre. Je vous invite donc à toujours tenir le verre par son pied ce qui ne manquera pas de vous donner un air distingué. 
Le verre doit être en forme de tulipe, c'est à dire avec une base plus large que l'embouchure (évitons les verres à vin à l'américaine qui contiendraient un fût entier). Cette forme permet aux arômes de monter et de se concentrer à l’embouchure.

Si votre interlocuteur vous regarde avec des yeux ébahis devant tant de délicatesse, il est fort à parier qu’il s’y reprendra à deux fois avant de vous servir fièrement du balantines on the rocks. Il est désormais votre obligé.

Si l’on vous tendait un piège, vous venez de marquer vos premiers points. Vient maintenant le moment d’apprécier les arômes.

2-    Utilisez votre nez.

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Le whisky est servi. Votre opposant n’est pas un tocard, il vous propose un Islay de derrière les fagots décliné par Gordon & Macphail vieilli en fut de sherry. N’hésitez pas à vous la jouer en disant que vous le connaissiez chez Signatory Vintage dans un assemblage vieilli en fut de Sauternes et  futs de Bourbon (Tous les coups sont permis).

C’est le moment critique. Vous vous faites face. Tel le torero devant la bête, gardez votre sang froid.

Ne surtout pas, dans un moment de panique, en balançant la tête en arrière, vous envoyer le précieux breuvage derrière la cravate. Vous signeriez votre arrêt de mort en plus de passer pour un soiffard de PMU.

Il est temps de faire étalage de votre raffinement. Le maitre mot : patience (Le risque étant de plonger le groin dans le verre, en prenant une grande inspiration qui vous cramerait les naseaux au point de ne plus pouvoir faire la différence en un single malt et du jus de cornichon).

Tenez votre verre debout sous la poitrine. Faites tourner le whisky, prenez le temps de faire monter les arômes jusqu’au nez, de vous habituez à l’alcool.

Rapprochez le verre du nez. A cette distance les arômes les plus légers se révèlent (fruits, fleurs).

Plongez le nez dans le verre. Les arômes lourds s’invitent à la fête (terre, épices, bois)

Enfin, déposez du whisky sur toute la surface du verre en le faisant tourner à l’horizontale pour révéler les arômes lourds contenu au fond du verre

Enfin si ce gracieux cérémonial n’a pas suffit à laisser votre adversaire bouche bée, c’est le moment de placer l’estocade et de vous la raconter à mort. Si vous n’êtes pas en pleine possession de vos moyens abstenez vous. Ce qui suit requiert de la confiance en soi et de la pratique. L’auteur lui même à des doutes à propos de ses capacités à reconnaître quoi que ce soit par ce geste. Cette botte secrète se compose de deux mouvements :

Premièrement, maintenez le verre à l’horizontale, perpendiculaire au visage. Faites un mouvement de haut en bas pour permettre au nez de passer par tous les étages aromatiques en un seul geste (du lourd au léger).

Deuxièmement, si vous arrivez à distinguer le E111 du E212 en flairant un fraise tagada lancez vous : Maintenez le verre à l’horizontale mais cette fois parallèlement aux épaules et sentez au dessus du verre. Les arômes les plus légers vont suivre la courbe extérieure du verre et s’y révéler à l’abri des autres. A moins d'avoir lavé vos verres dans un torrent de haute montagne, vous allez surtout reconnaître les arômes du produit vaisselle de la maison.

Si votre adversaire n’est pas entrain de vous prêter allégeance à genoux c’est que vous avez arrosé vos godasses de whisky et que vous êtes passé pour un fieffé dégueulasse.

Après ça il vous suffira juste d’éviter de tousser votre whisky par le nez et le tour est joué!

PYV

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