Longmorn 46 ans, 1965 (51,8%, Gordon & MacPhail, 2011)

Longmorn 1965

Longmorn est a l’amateur de whisky Japonais ce que Médine est a tout Musulman qui se respecte : une terre d’accueil pour le prophète et le début d’une grande histoire. La distillerie du Speyside est en effet l’une des seules qui accepta la visite de Masataka Taketsuru, le père du whisky nippon, en tant que stagiaire en 1919. De retour au Japon après avoir épousé une jeune fille de Campbelltown, Taketsuru s’inspira de Longmorn pour construire Yamazaki (en 1923), avant de bâtir une copie quasi conforme de la distillerie Ecossaise a Hokkaido qu’il baptisa Yoichi (1934).

Longmorn est aujourd’hui la propriété de Chivas Brothers (Pernod Ricard) et joue a ce titre un rôle important dans la composition des blends du groupe (Ballentine’s, Chivas…). La particularité de Longmorn tient dans sa capacité à produire sans distinction d’excellents whiskies vieillis en futs de Bourbon ou de Sherry alors que la plupart des distilleries actuelles tendent a se spécialiser dans un type de fut.

Même s’il existe quelques embouteillages officiels (16 ans et 17 ans cask strength), l’essentiel du stock de vieux Longmorn est détenu par l’embouteilleur Gordon & MacPhail. C’est le cas du whisky que nous goutons aujourd’hui qui, distillé en 1965, a été embouteillé en 2011 après 46 ans passés dans un fut de Sherry.

Couleur : Ambre Sombre

Nez : Très fuité, raisins noirs murs et raisins secs, cuir, tabac blond (amsterdamer) que l’on trouve souvent chez les vieux whiskies élevés en fut de sherry. Poires et pruneaux complètent ce tour d’horizon. Rappelle forcément les meilleurs rhums ambrés (Caroni) sans toutefois que l’influence du bois ne soit trop prononcée. Caramel au beurre salé, clafoutis aux cerises, c’est exquis.

Bouche : Puissant au premier abord, on est collé au fauteuil club, ambiance poppers. Les fruits ressortent assez rapidement : raisins, dattes et pruneaux encore, cuir comme au nez, c’est un peu le souk de Marrakech. Viennent ensuite des notes mentholées, orties et eucalyptus, sucre carbonisé (ou caramel trop cuit, c’est selon) qui s’accompagnent d’une certaine amertume rappelant les chocolats noirs très riches en cacao. Un arrière gout de cola couvre cette amertume qui n’a rien de déplaisant.

Finale : Longue, cela va de soi ! Le cola s’efface au profit de saveurs d’agrumes : citrons, coings, yuzu (ce petit pamplemousse dont devait raffoler ce cher Masataka), puis lavande et eau de rose.

Peut être le plus Japonais des whiskies Ecossais, ce Longmorn ne déçoit pas. A mi-chemin entre vieil armagnac et single malt classique, c’est a l’aune de tels chefs d’œuvre qu’il convient de considérer ce que nous buvons au quotidien. Rare et sublime. On comprend mieux pourquoi, lorsqu’il revint de son pèlerinage en terre écossaise, Taketsuru essaya de construire sa distillerie à l’image de Longmorn !

Note : AAA (Rockefeller)

Prix : Aristocratie Financière (+300 Euros)

B.M

 

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