Pourquoi c'est dégueulasse ? Pour en finir avec le Rhum-salade et le Campari-muscadet

Au même titre que les casquettes Louis Vuitton, circulent en France des contrefaçons de cocktails qui nuisent au savoir-boire autant qu'elles profitent aux cafetiers mal intentionnés inféodés aux industriels du secteur, eux-mêmes soumis aux mauvaises idées poujado-mercantiles de cabinets de consulting chargés de répandre le goût de l'ivresse en noyant celui de l'alcool. Bref... Il semble urgent de rétablir quelques vérités. Et d'abord historiques. Malgré quelques accointances architecturales, il est peu probable par exemple que le Brésil et l'URSS aient mis sur pied un pacte dans le but d'édifier une Nouvelle Internationale basée sur l'utilisation de l'alcool patriotique de l'un dans le cocktail national de l'autre. Mais si le simple nom de "Caïpirovska" suffit à rebuter les consommateurs avertis, d'autres manipulations plus insidieuses menacent le patrimoine culturel de pays déjà en difficulté, au rang desquels l'Italie et Cuba.

Avec Beppe Grillo et Silvio Berlusconi qui font le bonheur des manchettes, l'Italie n'a pas besoin que son plus illustre ambassadeur soit dévoyé à coup de verres hors de prix fleurant bon le produit dentaire. Alors rappelons une évidence. Il est fort peu probable que lorsque les Vénitiens mirent au point cet emblème de leur culture qu'est le Spritz, ils décidèrent d'incorporer à la recette de la limonade et du Muscadet -noble cépage au demeurant mais ici hors de propos. Alors, pour goûter aux joies de ce breuvage qui sent bon les eaux usées du Canal Grande, utilisez s'il vous plaît en quantités égales du Campari - ou de l'Aperol pour la version dolce –, du Prosecco et de l'eau de Seltz, une simple olive plongée dedans par le truchement d'un petit bâton de bois pointu - plus communément appelé "cure dent" - et une tranche d'orange suffiront à l'ornement de cette recette dont la simplicité est seule gage de réussite. Evidemment il serait regrettable de remplacer le Prosecco par du Champagne dans le but d'impressionner vos commensaux.

Il en va de même du Mojito, peut-être l'élément de la culture cubaine qui a le plus souffert de l'ouverture du pays depuis Chan Chan. Plus maltraité encore que Compay Segundo et Che Guevara réunis, ce porte drapeau du savoir vivre habanera est aujourd'hui décliné sous des formes qui auraient valu quelques années de rééducation morale pour "parasitisme social" à leurs auteurs. Là aussi, c'est la simplicité qui prime, du rhum cubain blanc en quantité raisonnable - ce qui veut dire beaucoup - de la menthe fraîche un peu poivrée que l'on pile avec un peu de sucre de canne, de la limonade et des glaçons. Encore une fois, il serait de très mauvais goût d'incorporer de la glace dite "pilée" dans un élan matérialiste qui vous porterait à l'utilisation d'un blender ou pire, du compartiment dédié d'un frigo dit "Américain".

D.N.

1 comment

  1. plom 18 mars, 2015 at 11:21 Répondre

    Je m’apprêtais connement à remplacer par du muscadet le prosecco pour l’élaboration d’un spritz, jusqu’à ce que je vous lise. L’honneur est sauf.Merci.

Leave a reply