Margaret Mitchell et le Mint Julep.

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Mis à part Jean-Luc Mélenchon, tout le monde a un jour rêvé d'être Rhett Butler. Aussi, quand l'âge arrive où les systèmes pileux et législatif sont au diapason et permettent à l'homme en formation d'envisager le port de la moustache et la consommation d'alcool une question se pose invariablement : "mais c'est quoi au fait un Mint Julep" ? En effet, plus difficile à percer que le mystère du rasage et le polissage à la vaseline de la moustache, il y a dans cette boisson quelque chose d'inaccessible. Et c'est bien ça qui nous attire.

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Il ne faut pas tout prendre au pied de la lettre dans l'oeuvre de Margaret Mitchell.

Margaret Mitchell. L'auteur même du roman qui popularisa la boisson sudiste semble hésiter sur sa composition. Sans verser dans la critique universitaire, il faut en effet noter qu'au fil des trois tomes qui composent Autant en emporte le vent, la tisane n'est pas préparée de la même façon. Avant son accident fatal, le père de Scarlett, l'inénarrable Gerald O'Hara, consomme si mes souvenirs sont bons une version sans glace du breuvage. Mais c'est un bourru d'Irlandais alors... Plus tard, quand la Guerre de Sécession  aura eu raison de son exploitation de coton et de sa santé mentale, il le consommera aussi sans menthe, preuve s'il en fallait que l'homme n'est pas un grand délicat. Et ne parlons pas des jumeaux Tarleton qui préfèrent boire du thé en regardant partir avec un autre la femme qu'ils convoitent tous les deux. Aussi vaut-il mieux se pencher sur les habitudes de Rhett Butler, un gentleman autrement plus chic et, d'un point de vue personnel, le seul personnage libéral de cette saga un tantinet raciste.

Nouvelle Orléans. C'est lors de ses escapades en Louisiane, pendant que les Sudistes ferraillent en Géorgie que Rhett Butler boit le plus de Mint Julep, ne serait-ce que pour signaler à ces peine-à-jouir de Confédérés qu'il vaut mieux passer son temps dans des bordels un verre à la main qu'à défendre des objectifs douteux dans des batailles perdues d'avance. Là, on signale au lecteur que la boisson est servie fraîche et avec de la menthe. Ce que confirme Jules Verne dans De la terre à lune quand il évoque "le Mint Julep à la dernière mode" - non sans signaler sa surprise de voir les Américains mélanger du jus d'ananas à du cognac. Bref, on le voit, la recette est d'une grande plasticité.

Postérité. Aujourd'hui, il faut bien l'avouer, il existe des cocktails de meilleure tenue, plus élaborés et moins associés au Sud esclavagiste. Cela étant, il peut être de bon ton de servir un Mint Julep à ses convives au coeur d'une lourde journée d'été - vous vous garderez bien à cette occasion de présenter la boisson comme "l'ancêtre du Mojito" car c'est une comparaison aussi douteuse qu'un tee-shirt à l'effigie de Che Guevara fabriqué dans une usine du Bangladesh. Vous procéderez donc comme suit :

- D'abord laissez tomber la légende de la timbale en argent. C'est certes plus chic mais compliqué à trouver.

- Du bon bourbon, avec du goût est plus simple à débusquer : une bonne idée le Woodford Reserve.

- Ensuite, il faut piler un maximum de menthe avec un peu de sucre au fond du verre.

- Ajoutez une goutte de citron.

- Remuez avec des glaçons et versez 5 bons cl de bourbon.

Enfin, conseillez à vos commensaux de boire vite car les glaçons fondent et trop d'eau dans le bourbon, c'est vraiment douteux.

N'hésitez à rappeler lors de cette collation que Autant en emporte le vent est à la littérature américaine ce que le Mint Julep est à la mixologie, un monument qui plaît aux plus ringards d'entre nous – je ne m'en lasse pas – mais pas forcément indispensable.

D.N.

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