Gordon & MacPhail déterre Glenesk et Glenury Royal

Vous n'avez jamais entendu parler de Glenesk et Glenury Royal ? Rassurez vous, nous non plus. Et pour cause, ces deux distilleries ont disparu depuis bien longtemps, 1985 pour Glenury Royal, 1992 pour Glenesk. On doit notre intérêt pour ces distilleries inconnues à Gordon & MacPhail qui nous a envoyé quelques fioles. Comme on est curieux et toujours assoiffé on a bu tout ça et on en a profité pour fouiller un peu dans l'histoire de ces distilleries qui ont traversé les âges dans un parfait anonymat.

 

Glenesk distillery

Glenesk, une personnalité indécise !

Située sur la côte est des Highlands, Glenesk détient certainement le record du changement de nom. En a peu près 100 ans d'existence son nom a changé autant de fois que Puff Daddy et Snoop Dog réunis. A sa naissance en 1897, la distillerie s'appelle Highland Esk mais après que son proprio l'a vendu elle est très vite rebaptisée North Esk. Comme beaucoup de ses voisines, elle ferme pendant la 1ère guerre mondiale et rouvre en 1919 afin de produire de l'orge maltée. Ce n'est qu'en 1938 que les alambics reprennent du service, les propriétaires la transforment en distillerie de grain et la renomment aussitôt Montrose. Pendant la 2è guerre mondiale, elle ferme une nouvelle fois ses portes. Quand elle reprend du service, Glenesk aka Montrose se consacre toujours au whisky de grain. En 1964, les besoins en malt whisky augmentent et la distillerie abandonne le grain pour le malt, c'est l'occasion rêvée pour... changer de nom ! En 1980, et sans que la distillerie ait changé de propriétaire ou d'activité, elle renie une nouvelle fois son nom. Elle est rebaptisée Glenesk, patronyme qu'elle emportera dans la tombe lorsqu'elle fermera ses portes en 1992. Aujourd'hui elle produit toujours de l'orge maltée pour les marques de Diageo mais ses alambics, fatigués par les problèmes d'identité de la distillerie, ont rendu l'âme. Glenesk, était surtout connue pour fournir en jus le blend Vat 69. Entre ces multiples changements de noms et l'absence d'embouteillages officiels il n'est pas étonnant que Glenesk ait vécu dans l'anonymat. G&M nous offre une occasion quasi unique de goûter ce jus oublié. 

 

 

Glenesk 1980, Gordon & MacPhail Rare Old, 46%

Nez : Plus expressif que le Glenury Royal, on est cependant dans le même délire de cire abeille. Pourtant ce qui domine ici c'est le bois exotique du genre santal ou cèdre. La forêt landaise et sa pinède n'est pas loin non plus. On lui trouve un subtile note de fruit (un peu d’ananas) mais ce n'est pas ce qui définit son profil. il s'ouvre ensuite sur les épices douces du genre vanille et cannelle. Vieux bois de cèdre. Amandes, feuilles de tabac. Un blair assez dense et complexe

Bouche : Débute sur une grande douceur assez fruitée marquée par les abricots. Très vite les épices débarquent à coup de poivre noir. On lui trouve ensuite une bonne dose d'épices (cannelle, cumin). La fin de bouche se montre plus herbacée avec de la menthe et de la réglisse. Du bon matos.

Finale : moyennement longue elle est marquée par le chocolat noir, le chêne, la cannelle et une bonne dose de menthol pas mental.

Encore une fois un excellent whisky qui ne révolutionne pas le genre. Le genre de came qu'on sirote peinard à la fin d'une journée hivernale sans se prendre le chou.

Note : AA-          Prix : 550 € (banquier luxembourgeois)

 

Glenury Royal, la distillerie transformée en HLM

Également située sur la côte est des Highlands, Glenury Royal est restée très méconnue malgré une histoire longue de 160 ans. Fondée en 1825 par Robert Barclay aka "The walking Captain" (le bonhomme était réputé pour avoir marché 1000 miles en 1000 heures), Glenury Royal reste dans sa famille jusqu'en 1858. Elle change de mains plusieurs fois pour être acheté par Joseph Hobbs qui ne produira pas grand chose durant son règne. Elle atterrit finalement dans le giron d'United Distillers qui s'en sert pour ses blends. Agrandie en 1960, Glenury Royal succombe à la crise du whisky dans les années 80 et ferme ses portes en 1985. Acheté par un promoteur immobilier, l'enceinte est partiellement détruite. Les bâtiments qui ont survécu abritent aujourd'hui des logements. On espère que l'alambic n'a pas été transformé en jacuzzi...

 

Glenury Royal une distillerie transformée en unité d'habitation

 

Glenury Royal 1984 G&M Rare old 46% bottled 26/10/2012

Embouteillé en 2012, ce Glenury Royal a passé 28 ans dans un fut de sherry de second remplissage.

Nez : Du fruit à gogo peut être exotique. La compote de pomme à la vanille marque ce nez. Vient ensuite de la cire de meuble comme on peut en sniffer dans certains Clynelish. Du genre délicat et subtil ce nez fait bien le job. Floral plutôt frais. Plus on y va plus on pense à du bon Clynelish ou du très gros Glenlossie. Après quelques minutes dans le verre, l'ensemble se fait plus concentré et l’influence du sherry débarque discrètement. Après 10 minutes la cire se fait plus présente. Engageant !

Bouche : Une belle richesse pour un whisky à 46%. On tombe à la renverse avec un tsunami d'épices qu’on ne sentait pas au nez.Poivre et piment se tirent la bourre en début de bouche. On retrouve la pomme compotée et du chocolat noir, la fin de bouche se fait plus suave. On finit sur du sirop de miel et quelques notes de bois délicates. On est bien.

Finale : assez longue et plutôt gourmande, presque sucrée

Pas le whisky du siècle mais un très bon jus d’une belle richesse en bouche et au nez délicat. Assez chic, un clynelish en moins austère avec plus de fruit. Marqué par la compote sur toute la dégust. Gourmand, chill, complexe mais pas exigeant.

Note : AA                                 Prix : 461 € (Lord déchu) dispo ici

Pour plus de vieilleries signées Gordon & MacPhail c'est par là.

 

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