Saint-Patrick: un Cocktail, un Livre, un Whisky.

Trop souvent, la Saint-Patrick est synonyme de cuite à la Guiness chaude dans un mauvais pub irlandais des grands boulevards. Soyons sérieux un instant, avez vous réellement envie de vous ridiculiser avec un chapeau vert grotesque dans un bar sordide pour des raisons obscures? La réponse est évidente.... D'autant que la Saint Patrick est avant tout une fête religieuse qui célèbre la conversion du peuple irlandais au catholicisme. On sait pourtant que picole et religion font parfois bon ménage mais le spectacle que les pubs irlandais nous offrent en ce 17 mars relève avant tout de la triste blague. Les pubs sont infréquentables ce soir là, entre les inénarrables perruques rousses, les facheux trèfles en moumoute verte et les océans de Guiness qui colle aux pompes, il y a de fortes chances pour que cette soirée vire au cauchemar.

On vous propose donc notre version de la Saint Patrick, cette version se joue à domicile, vous épargnerez ainsi vos oreilles de ces abominables gigues irlandaises. Pour l'occasion, dans la chaleur de votre logis, nous vous invitions à boire un cocktail, lire un bon livre et finir votre douce soirée sur un whiskey, loin du tumulte des grands boulevards....

irish maid

Un Cocktail: Irish (mer)maid

A en juger par ses cheveux, il est évident que la petite sirène est irlandaise. Homère était un escroc, ce n'est pas en méditerranée qu'Ulysse à succombé aux charmes de la femme poisson mais bien en mer d'Irlande. La douce créature rousse ne l'a d'ailleurs pas appâté avec son chant mais avec un cocktail enivrant: l'irish (mer)maid! Si Homère conteste ma version de l'odyssée il peut toujours nous coller un procès mais avec la petite sirène comme témoin on devrait s'en sortir.

Bref, Ulysse n'a pas dévié sa route de 4000 kilomètres pour rien: ce cocktail défonce! inutile de vous préciser que la petite sirène ne boit que du Jameson mais pour mieux souligner sa délicatesse elle y ajoute du St germain (liqueur de fleur de sureau). On vous livre ici sa recette:

Dans un shaker rempli aux deux tiers de glaçons:

  • écraser au pilon trois fines tranches de concombre puis versez:
  • 6 cl de whiskey irlandais (ici Jameson 12)
  • 1,5 cl de St Germain (liqueur de fleur de sureau)
  • 2,2 cl de jus de citron jaune
  • 1.5 cl de sirop de sucre

Shakez comme si la vie de la petite sirène en dépendait puis versez dans un verre rocks rempli de glaçons. Décorez avec un tranche de concombre.

slàinte

 Trois Livres

Attention, il est tout aussi dangereux de se pointer chez un libraire et de demander la gueule enfarinée,  " un conseil de lecture afin de percer le mystère de l’âme Irlandaise". A vous y prendre ainsi,  il y a de fortes chances pour que vous ressortiez de l’échoppe avec un pavé de James Joyce ou un volume de Samuel Beckett – moins lourd certes mais pas plus digeste. Autant vous dire que votre petite soirée de Saint-Patrick en prendrait un coup.

Alors pour vous éviter de vivre une crise existentielle entre l’Irish (mer)maid et le Bushmills, mieux vaut opter pour des expédients plus légers.

 

ken bruen

Décrire Jack Taylor comme un privé alcoolique serait commettre une erreur. Car en Irlande, on n'aime pas les privés. On peut donc enlever du curriculum du héros de Ken Bruen la première partie du descriptif. Reste donc... un alcoolique. Et pas des moindres puisque Jack Taylor a été radié de la Police pour avoir abusé de la bouteille, ce qui en soit, est déjà un exploit car se faire virer de chez les flics irlandais pour alcoolisme reviendrait peu ou prou à perdre la jouissance d'un HLM à Levallois-Perret pour dissimulation de revenus fonciers à l'administration fiscale. Un tour de force en somme.

Reste que Jack Taylor est un des seuls enquêteurs de la littérature contemporaine à consulter  depuis le comptoir d'un pub de Galway et juste pour cela il avait sa place dans notre sélection — d'autant que la description qu'il donne de son refuge : "un endroit sérieux pour boire sérieusement", a la force d'un mantra hemingwayen. Jack Taylor incarne une sorte de Miss Marple qui aurait troqué la théière pour la pinte et qui n'attend pas 17h pour se mettre à la tisane... Tout pour nous plaire en somme.

Évidemment cette enquête vaut aussi pour son titre, tout-à-fait en accord avec vos projets pour la Saint-Patrick.

Keegan

Autre option, Claire Keegan. Une des voix les plus singulières de la littérature irlandaise – j'ai vraiment écrit ça ? Enfin, toujours est-il qu'elle sait de quoi elle parle quand elle parle de picole. J'en veux pour preuve ce magnifique recueil de nouvelles – 15 je crois – qui nous plonge alternativement dans des paysages de campagne, désolés et tourbés comme on imagine les coins perdus de l'Irlande rurale, mais aussi en Amérique du Nord où, vous n'êtes pas sans le savoir, vivent plus d'Irlandais que dans la mère patrie. Les personnages pris sur le vif, à des moments où tout peut basculer composent des histoires qui vous hantent longtemps malgré la rapidité du récit.  Les détails qui n'en sont plus, la poésie minimale du quotidien, ces textes distillés avec finesse et intelligence sont tout sauf léger. Comme un jeune Pot Still.

Sorj Chalandon

Il eut été malvenu de commencer par un Français mais comment ne pas parler pour finir de Sorj Chalandon, le plus Irish des écrivains français ? – RIP Sam B.

Ancien grand reporter et connaisseur hors pair du Belfast des Eighties  Sorj Chalandon a réussi en deux romans qui se regardent l'un l'autre – Mon traître et Retour à Killybegs – à rendre un tableau inoubliable de l'Irlande des combattants désespérés de l'armée républicaine. Au travers du destin de Tyrone Meehan, militant et fils de militant qui donne sa vie pour un combat perdu, c'est toute l'histoire de ce pays et de ses habitants, rendu avec une humanité rare.

Mais on y apprend aussi des tas de choses très intéressantes comme par exemple cette technique pour réussir à pisser dans un pub sans s'en foutre plein les pompes. On découvre encore cette tradition qui consiste à se rendre à une invitation avec l'alcool que l'on compte boire soi-même. Rituel certainement hérité de la pauvreté de ces hommes et de ces femmes mais qui relève d'une vraie considération pour l'ivresse. On est ainsi certain de ne pas se faire piquer ses bonnes bières par un type qui s'est pointé avec un Château Picrate bouchonné et si l'on se connait bien donc, de réussir à être saoul. Doit-on y voir une métonymie de l'indépendance ? Rien n'est moins sûr mais ces livres sont parfaits pour une soirée avec l'alcool ad hoc.

Un Whisky: Irish Peated Singled Malt 1991 (48.1%, Whisky-Doris 2014): Papaye Verte!

Nose Art Irish

Même si la distillerie n'est pas mentionnée, tout nous laisse a penser que ce whisky embouteillé par l'indépendant allemand Whisky-Doris est un Bushmills. La distillerie d'Irlande du Nord a produit, au début des années 90, une petite quantité de whisky légèrement tourbé dont quelques embouteilleurs indépendants, The Nectar ou Eiling Lim par exemple, ont pu se procurer des futs. C'est un style recherché car le mélange de la tourbe et de la triple distillation a l'Irlandaise donne des saveurs de fruits tropicaux remarquables. On va tuer le suspense tout de suite, dans son style ce whisky est remarquable. On goute.

Œil: Orangé

Nez: D'emblée complexe et fruité, notes maltées de céréales a la façon d'un ChichibuOn sent rapidement arriver la tourbe qui se mélange au notes sucrées de caramel qui sont l'apanage des whiskies Irlandais. Vanille! Vanille! Vanille! On n'est pas dans le coté un peu écœurant des Bushmills et Jameson d'entrée de gamme mais plutôt au royaume du Douanier Rousseau, un tableau bien branlé avec des zèbres, des léopards, et des fruits dans tous les sens: verger d'abord avec des pommes, des pêches de vigne, des abricots secs); les tropiques ensuite mangues, melons verts (plutôt Andalousie que Tahiti quand même...), fruit de la passion, papaye, goyave. C'est pas vraiment Londonderry!

Bouche: S'ouvre sur une légère amertume qui surprend un peu, mais qui est couverte sans plus tarder par les fruits tropicaux qui avaient conclu le nez: un whisky qui a de la suite dans les idées... Vanille de Madagascar, oranges et un soupçon de chocolat noir. A la fois minéral et onctueux. Un peu de caramel brulé, comme un bourbon dont le coté sucré aurait été atténué en faveur de notes fruitées. Un vrai délice.

Finale: Notes de fruits tropicaux juste murs qui durent une éternité et réglisse en toute fin.

Un whisky superbe, d'autant plus que c'est un profil rare et unique. On a rarement l'occasion de rencontrer ces notes de fruits tropicaux encore verts: l'Odeur de la Papaye Verte. Un whisky super fun que l'on ne peut que recommander. Je dois avouer qu'ill m'arrive d'en avoir des flashbacks au milieu de la journée et regrette de n'en avoir acheté qu'une bouteille...

Note: AA (Bobby Sands)

Prix: 170 euros (bourgeoisie protestante d'Ulster)

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