The Auld Alliance: Le Théâtre des Rêves!

Nous vous en parlions il y a quelque temps déjà dans un article consacré aux bars à whisky de Singapour, mais un séjour prolongé dans la ville du Lion (le nom du bled vient du Sanskrit "Singa" Lion et Pura "Ville") pour honorer des obligations familiales, nous a permis de refaire un tour à Auld Alliance. Le bar, qui offre une carte de whiskies capable de donner le tournis à tout amateur de malt endurci, a été ouvert en 2011 par Emmanuel Dron, un Français collectionneur de whiskies rares et ancien de la Maison du Whisky.

Clin d'oeil historique, The Auld Alliance tient son nom d'un pacte d'entraide militaire datant de 1295 entre les rois d'Ecosse et de France ayant pour but, on s'en doute, de faire la nique à l'ennemi commun anglais. De militaire, le bar d'Emmanuel Dron ne garde que le nom car sa fonction est plutôt d'oeuvrer à la concorde entre les peuples en rassemblant, autour d'un verre d'orge maltée et vieillie en fut de chêne, les voyageurs de tous horizons ayant, pour une raison quelconque, atterri dans ce coin du détroit de Malacca.

Le cénacle est situé au deuxième étage de l'hotel Rendez-Vous et on y accède par un court escalier roulant extérieur. Une fois les portes vitrées du bar franchies on est littéralement ébloui par le nombre de bouteilles qui nous font face. Il y en a dans tous les coins, des étagères remplies jusqu'a plafond et rangées par origine géographique et distillerie: on y trouve ainsi un mur de Karuizawa, un autre de Glenfarclas ou de Macallan. Derriere le bar se trouvent certaines des plus belles bouteilles, dont une profusion de whiskies d'Islay des années 60 et 70.

 

Mur Karuizawa

Le mur des Karuizawa!

 

Apres avoir pris place dans l'un des fauteuils "club" on reçoit la carte des whiskies des mains l'une des hôtesses pour s'apercevoir qu'il va nous être difficile de ne boire qu'un verre. On y trouve de tout, à tous les prix: du Bowmore 12 ans standard à la version Samaroli "Bouquet" qui s'échange aujourd'hui sur les sites de vente aux enchères pour environ 10 000 euros. Le choix est vaste, beaucoup d'expressions sont disponibles pour chaque distillerie: il est ainsi possible de boire un Brora et un Clynelish du meme millésime ("pourquoi pas 1972" me dis-je), un single cask Miyagikyo ou Yamazaki, un Rhum Caroni, ou un Bourbon Pappy Van Winkle.

L'abondance de biens peut fortement nuire à la prise rapide de décision et c'est à ce moment là que le génie sort de la lampe en la personne d'Arun Prashant, le gardien du temple et fin connaisseur de malts qui sait comme personne ce qu'il a derriere le bar. Comme tout sommelier d'exception, Arun ne cherche pas à vous impressionner ou à vous refiler son jus le plus cher mais au contraire vous guide dans vos choix avec tact et doigté en prenant soin de trouver le nectar qui correspond le mieux à vos gouts et vos moyens. Il m'a ainsi savamment aiguillé vers un Bowmore 1965 et un excellent Lochside 1981 que je n'aurais sans doute pas choisis sans ses précieux conseils. L'homme semble animé par la passion du whisky et si vous prenez le temps de l'écouter il vous régalera de nombreuses anecdotes sur telle distillerie disparue, tel embouteillage rarissime à la poursuite duquel il est depuis des années, qui vous donneront sans doute envie de vous lancer sur les traces du Caol Ila 1969 dont il vient de vous parler avec tant de passion. 

Il ne faut pas se mentir, on ne se rend pas dans un endroit pareil pour boire du Ben Nevis 10 ans ou du Glenrothes Distiller's Reserve, et les whiskies que recèle ce véritable musée du malt sont proposés à des prix qui sont en rapport avec leur rareté. Cela dit, il est possible d'y boire des choses merveilleuses sans y laisser un bras, je pense notamment à un Convalmore 1977 (environ 20 euros le verre) ou un Brora 26 ans Chieftain's (environ 30 euros) qui valaient leur pesant de cacahuètes. Je suis souvent ressorti du bar avec une impression de légèreté qui était moins due à l'alcool ingéré qu'au plaisir procuré par la consommation de whiskies d'exception.

L'ivresse passée, le souvenir d'Auld Alliance m'évoque ce mot de Sir Bobby Charlton qui, au crépuscule de sa carrière, avait baptisé Old Trafford, le stade mythique de Manchester, le "Théâtre des Rêves." S' il est un endroit qui s'en rapproche pour l'amateur de malt ce doit être ce bar presque irréel du bout du monde, car les whiskies fabuleux que l'on y déguste restent ensuite avec nous, en images et impressions olfactives, en songes. Si vous prévoyez de vous rendre en Asie du Sud-Est ou en Australie n'hésitez pas a faire un crochet par Singapour, vous ne serez pas déçu du voyage...

 

The Auld Alliance: 9 Bras Basah Rd, RendezVous Hotel Singapore, Singapore 189559

www.theauldalliance.sg

 

La carte, pour les voyageurs en mal de connection internet:

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