Kawasaki 1982 (65.4%, OB 2009): Distilleries Disparues #6

Kawasaki Ichiro's Choice 1982

 

Si Kawasaki est l’une des distilleries japonaises les plus méconnues, elle le doit autant à l’ombre que portent sur elle ses défuntes parentes Karuizawa et Hanyu qu’à la rareté de son whisky. Située à mi-chemin entre Tokyo et Yokohama, Kawasaki était spécialisée dans la production d’un whisky de grain composé en grande partie de mais (90%) et d’un peu d’orge maltée. Le tout était généralement vieilli dans des futs de sherry de second remplissage. La distillation de whisky de grain y a débuté en 1969 avant que la distillerie ne ferme au début des années 1980.

 

Avant de fondre les plombs, Kawasaki appartenait à la compagnie Ocean Whisky, qui possédait également Karuizawa (avant que cette dernière ne passe sous le contrôle de Mercian puis du fossoyeur Kirin), et c’est par un ancien de cette maison que l’infatigable Ichiro Akuto semble, selon le blog Nonjatta, s’être procuré les quelques futs de Kawasaki ayant survécu au naufrage. C’est à Chichibu, sa nouvelle distillerie, qu’Ichiro a ensuite embouteillé six futs entre 2009 et 2011, distribués par les soins de Number One Drinks.

 

Comme la distillerie dont il est issu, ce Kawasaki 1982 est une étoile filante dans la cosmologie du whisky japonais : on n'en sait a peu prés rien mais ce jus fascine autant qu’il attire la convoitise. La rareté des embouteillages et l’emballement des prix du whisky japonais font que les quelques bouteilles qui trainaient encore sur les sites de vente aux enchères sont devenues tout simplement inabordables. Une bonne raison de gouter avant que ce nectar mystérieux ne soit consigné ad vitam aeternam dans les armoires en verre des fétichistes fortunés.

 

Œil : Cuivre foncé.

 

Nez : Bourbon ! Comme un George T. Stagg sans Rye dans le mash-bill et qui aurait passé 10 ans de plus dans un fut de sherry. Débouche les narines (65% oblige). Caramel et vanille sont bien là mais avec un coté parfumé qui rappelle les (bonnes) eaux de Cologne de Grand-Mère. Senteurs de plantes aromatiques avec réglisse, gentiane (car comme le dit David: « suzer n’est pas tromper ») et autres délices du genre. Pour finir, coulis d’oranges et chocolat, orangettes et grand-marnier. Plutôt unique en son genre.

 

Bouche : A mi-chemin entre les vieux Rhums Demerara et bourbons antiques du genre vieux Willett. J’ai pensé au Uitvlugt UF30E ce qui est plutôt bon signe… Grande bastonnade, la crème glacée au caramel, vanille, et café prédominent au début avant de laisser la place à des saveurs de caramel brulé, écorces d’orange et bâtons de vanille. Un arriere gout d’arachides et de noix de cajou, comme si le grain avait viré graine : Hermaphrodite ! Devient très minéral sur la fin avec une certaine remontée de la vanille, du caramel et du cola. Sucre roux en cristaux et spéculoos. Avec de l’eau laisse la place a des notes mentholées plus franches de type Pastille valda.

 

Finale : Longue et minérale. Tend vers la vanille et la réglisse.

 

Un whisky vraiment unique, plus proche du bourbon et du rhum que du single malt, comme une anomalie historique qui aurait bien tourné. Force brute et très cool au menthol (#gainsbarre) un nectar qui au final me fait penser au génial et iconoclaste Jorge Ben et son album du meme nom: "Força Bruta."

 

Note : AA+ (Jorge Ben)

 

Prix : Entre 500 euros et l’infini (Aristocratie Financière)

 

L'album en prime, ce serait dommage de s'en priver...

 

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