Quel livre offrir à un ami alcoolique ?

"Ne jugeons pas les alcooliques, lisons plutôt leurs livres". Si comme nous, vous croyez fort en cette antienne anonyme, n'hésitez à fleurir le sapin de quelques livres qui sauront ravir tous les amateurs de gnôle de vos amis. Mais attention, ne commettez pas l'erreur d'offrir une énième biographie de Gainsbourg ou les recettes de cocktails préférées de James Bond. Soyez original et montrez que vous avez mis en branle votre grande culture pour offrir à chacun un cadeau chic et original. A cette fin, vous savez pouvoir compter sur nous. Nous vous livrons donc une petite sélection, dans laquelle vous trouverez les souvenirs d'un des plus grands auteurs anglais, une anthologie littéraire, un grand roman classique, un polar Écossais ou encore un manuel en anglais de littérature éthylique. Il ne vous reste plus qu'à emballer. 

 Les souvenirs de Kinsgley Amis

 

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Kingsley Amis, Notre verre quotidien, éd. Les Equateurs, 2015 316p. 23 euros.

Si aujourd'hui on parle plus souvent de son fils Martin, c'est pourtant le père, Kingsley, qui le premier fit entrer le patronyme  au panthéon des lettres anglaises. Né en 1922, anobli en 1990 et décédé en 1995, Kingsley Amis est connu pour son humour grinçant et son sens de la dérision.  Ce recueil d'articles et autres divagations alcooliques est dans le plus pur style de cet écrivain pour qui l'alcool est une chose aussi sérieuse que le tweed ou la couleur des chaussettes.

Génie de la formule ( "le scotch est d'abord un alcool local destiné à faire supporter les rudes journées et les nuits froides à une population mal nourrie et mal logée"), Kingsley Amis ravira tous les amateurs de chapisme mais aussi tous les lecteurs avides de bons conseils, comme "faire un régime sans arrêter de boire", "survivre à une gueule de bois", ou "ne pas être saoul".

Méfiez-vous cependant de certaines recettes de cocktail qui peuvent s'avérer aussi excessives que l'auteur en matière de proportions (mention spéciale au demi-litre de vodka dans le Bloody Mary).

Notons enfin qu'un quizz vous est offert en fin de volume qui vous permettra de passer un Noël en famille sans sortir le Trivial Poursuit. Un beau cadeau donc.

 

Une anthologie de littérature éthylique

 

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La Part de l'Ange, Editions Incultes, 2012, 189p. 13,90 euros

 

Anthologie publiée en 2012 par les excellentes Éditions Inculte, La part de l'Ange offre un panorama bien senti de ce que nos amis les poivrots on écrit de mieux. De Bukowsky à Frederic Exley en passant par Henry Miller ou Malcom Lowry, ils sont tous là pour notre plus grand plaisir. Même le tout récent Prix Goncourt Mathias Énard est de la partie avec un magnifique Éloge du rosé, qu'Omar Khayyam n'aurait pas renié. Bref, du bon matos, très accessible et vivant. 

 

Un grand classique

 

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Marguerite Duras, Le Marin de Gibraltar, Gallimard 1952, disponible en Folio, 427 p. 8,50 euros

 

"Duras ? Tiens oui, c'est vrai qu'elle picolait pas mal tata Suzanne mais bon, pourquoi Duras et pourquoi celui là ?"

On vous entend déjà.

Alors voilà, pour plein de – bonnes – raisons , ce livre ravira tous ceux qui tiennent le whisky – et la littérature – en admiration. D'abord parce que Le Marin de Gibraltar, c'est Duras avant Duras, dans un style que beaucoup ont oublié et qui par moment rappelle plus Hemingway que Les Éditions de Minuit. Ensuite par ce que le narrateur, quand il dérive, le fait toujours sous l'emprise de l'alcool. L'ivresse devient au fil des pages un motif d'écriture. Le trouble de l'alcool a rarement été rendu avec une telle puissance. Enfin, et peut-être surtout, parce que ce roman contient la plus belle phrase jamais écrite sur votre alcool préféré. Mais pour la connaître, il vous faudra soit lire le livre soit aller au bout de cet article.

 

Un polar Écossais

 

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Peter May, L'île des chasseurs d'oiseaux, Actes Sud, 2011, 424p. 8,50 euros

C'est vrai que lorsqu'on parle de scotch noir, on pense plutôt à un Bowmore ou un Springbank période dorée. Pour autant, Peter May donne au polar tourbé ses galons de classique car tout est réuni pour faire vibrer les amateurs du genre et les nostalgiques de paysages écossais.

Après dix-huit ans d'absence, Fin Macleod revient sur l'île de Lewis pour enquêter sur le meurtre d'un homme qu'il a bien connu. Teasing somme toute classique pour ce polar des Hébrides mais voilà, c'est un polar des Hébrides, et c'est là toute la différence. 

Mère Patrie du tweed, l'ïle de Lewis est la partie Nord de Lewis et Harris, cailloux le plus septentrional des Hébrides extérieures. Autant dire que ce n'est pas exactement les Caraïbes. Bastion gaélique longtemps rétif à la normalisation culturelle et linguistique, Lewis est un territoire âpre et difficile qui incarne parfaitement l'idée que l'on se fait du climat Écossais. 

Mais La Trilogie de Lewis n'est pas qu'un roman de terroir. Dès les premières lignes, Peter May nous plonge dans une ambiance lugubre et puissante ("Échauffés par l'alcool et excités par l'approche du sabbat, ils s'enfoncent dans l'obscurité") et tisse des personnages aux caractères aussi complexes que le meilleur des tweed.

 Pour ceux qui kiffent les légendes gaéliques c'est parfait – et un peu mieux branlé que les délires marketing de Jura. Ils y apprendront comment les tourbières ont transformé un paysage en manque d'arbres, comment les hommes ont été obligés d'angliciser leurs noms – Fin Macleod est en fait Finlay Fionnlagh – et prendront la mesure de la pauvreté de ces territoires du bout du monde. Mention spéciale aux sessions de chasse au guga sur l'An Sgeir, un moment d'anthologie.

La recette du bonheur est assez simple donc. Un plaid en tweed, un bon whisky tourbé, ce polar captivant et en avant pour Leòdhais agus na Hearradh – le nom de l'île en Gaélique.

 

Un manuel de savoir lire

 

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Hemingway & Bailey's Bartending Guide to Great American Writers, Algonquin books, 2006, 100 p. environ 12 euros

 

Le nom d'un des coauteurs de cet excellent ouvrage ne vous aura pas échappé. Mais s'il s'agit en fait d'un homonyme, de Papa Ernest il est bien question dans ce livre précis, drôle et documenté, qui met en parallèle extraits de textes et recettes de cocktails. Ainsi équipé, vous ne vous poserez plus jamais la question de savoir quoi boire en lisant du Faulkner – un mint julep –  ou quelle était la véritable recette du Mojito dont se saoulait Hemingway calle Obispo. Richement illustré et faisant la part belle aux écrivains stylés – il n'y a que du beau monde, la sélection est parfaite – Hemingway & Bailey's Bartending Guide to Great American Writers offre en plus un index très utile où l'on peut chercher par alcool, par auteur ou par cocktail. Vous remarquerez que j'ai fait comme si vous l'achetiez pour vous – c'est d'ailleurs mon conseil. 

 

En conclusion : chose promise, chose due.

 

Cest vrai ça, elle disait quoi Duras sur le whisky ?  Si vous voulez vraiment faire plaisir à un ami qui aime boire, notez donc en une manière de dédicace, cette phrase tirée du roman que vous venez de lui offrir : "le temps passa, le whisky s'arrêta". Si après ça il n'a pas envie de lire Marguerite Duras, changez d'ami. 

Et Joyeux Noël

 

 

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