Lagavulin, le whisky de papa n'a pas dit son dernier mot

Lagavulin fête ses 200 ans en grande pompe et tout le monde s'accorde à louer le merveilleux whisky qui sort des alambics de la distillerie. Pourtant les amateurs n'ont pas toujours été aussi unanimes, sa cote d'amour est à géométrie variable. Enthousiasme lors du lancement du 16 ans en 1987, évidence du génie dans les années 90, désaffection moderniste dans les années 2000 et retour en grâce aujourd'hui. 

En 1987, la cote du single malt est aussi faible que le rythme cardiaque de Chirac aujourd'hui. Diageo, qui s'appelait encore UDV, lance sa gamme de Classic malts (Oban, Talisker, Lagavulin, Cragganmore, Dalwhinnie, Glenkinchie) et démocratise ainsi le concept de single malt. Gros succès en supermarché, Lagavulin devient le whisky totem des baby boomers. Son profil unique en fait la référence et le mètre étalon en matière de single malt tourbé, quand on parle de tourbe on pense invariablement à Lagavulin. La distillerie impose son style, le 16 ans rencontre un franc succès, tous les amateurs de malt ne jurent alors que par ce jus merveilleux.

 

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Une désaffection moderniste

Dans les années 90, c'est toujours La référence et la distillerie propose un nouvel embouteillage, le Distiller's Edition (lancé en 1997), issu d'une double maturation en fûts de Pedro Ximenez. Malgré la qualité constante de ses produits la distillerie n'attire plus les foules à la fin des  années 2000', la faute à une nouvelle génération d'amateurs qui découvrent l'immense diversité du whisky écossais. Lagavulin à toujours ses fans mais les nouveaux venus voient d'un mauvais oeil cette distillerie que leurs parents chérissent encore. C'est la ringardisation, la distillerie fait les frais du modernisme alors en vogue. "C'est mignon Lagavulin mais c'est pas très dynamique et pas vraiment sexy...." Voila le genre de commentaires qu'on peut entendre à l'époque. Il faut admettre que la distillerie n'est pas à la pointe de l'innovation et que sa gamme est assez limitée. Le fameux 16 ans qui cartonne toujours en supermarché, le Distiller's Edition (on en parlait ici) et une version 12 ans brut de fût lancée en 2002. Alors non Lagavulin ne fait pas dans l'exotisme mais la qualité, n'en déplaise aux nouveaux venus, est toujours au rendez-vous.

 

Lagavulin 8 - Label

Le retour en grâce

Aujourd'hui, la distillerie d'Islay vit un retour en grâce facilement explicable. Pendant toutes ces années la qualité du jus n'a pas baissée et les tarifs n'ont pas augmenté. Parallèlement, la concurrence à fait exploser les prix et disparaître les mentions d'age. Lagavulin est donc devenu le bon plan, fiable, efficace, financièrement abordable. Les amateurs sans le sou peuvent toujours se faire plaisir avec le 16 ans et les geeks se tripotent en attendant la livraison annuelle du 12 ans brut de fût (on en parlait ici). Cet embouteillage, intégré au Special Releases, est toujours une merveille. De la tourbe plein la gueule sans dilution, on n'est jamais déçu. Tous les ans Diageo nous sort le meilleur whisky de l'année pour 100€ (big up à celui sortie en 2009). Pour ses 200 ans, Lagavulin a sorti les doigts du fût et a rompu avec sa tradition limite réactionnaire, la distillerie nous a livré cette année deux éditions limitées. La version 8 ans (dont on vous parlait ici) est une réussite, à 70€ on vous conseille vivement d'en acheter une caisse et de passer les prochaines années à ne boire que ça. Pour finir l'année en beauté, Lagavulin a récemment sorti un embouteillage âgé de 25 ans et vieilli en fûts de sherry. Le truc est absolument dément et s'ouvre sur des notes de cuir et de farine de châtaigne. la mauvaise nouvelle c'est que c'est absolument inabordable (1000€) mais comme le dit Nicolas Julhès on peut passer 35 excellents moments en sirotant 2 cl de ce jus pour la modique somme de 28€.

4 comments

  1. Kiwi25 10 octobre, 2016 at 19:50 Répondre

    Excelent, toujours un plaisir de vous lire.
    Lagavulin mon 1er choc gustatif dans le monde du trés tourbé, helas je connais uniquement le 16 ans, mais déja quel bonheur.
    Les fetes arrivent alors pourquoi pas cette fois un Distiller edition…

    • whiskyleaks 10 octobre, 2016 at 20:16 Répondre

      Le 16 ans est parfait, mais le 12 ans cask strength est hallucinant, pour noël c’est un super cadeau! Le distiller’s edition est très différent, il faut aimer les futs de sherry mais il est super réussi également.

  2. Ricko 11 octobre, 2016 at 18:57 Répondre

    Ah Laga, toujours une valeur sûre….
    Autant j’adore le 16 et le Distillers Edition autant je ne porte pas au pinacle le 12 ans CS, auquel je n’ai jamais vraiment accroché, malgré les millésimes goûtés et les critiques dithyrambiques…
    Oui c’est puissant, oui c’est complexe, mais pour moi c’est un peu trop austère, en clair ça manque de gourmandise par rapport au 16 standard. En brut de fût d’Islay je préfère le Corrywreckan d’Ardbeg et surtout le 10 CS de Laphroaig (pour 60 Euros port compris c’est lui le best de l’année ;-), dont le dernier batch 8 est une tuerie…
    Mention spéciale au Laga 8, bien d’accord avec vous, un nez un peu en retrait, mais en bouche c’est superbement bien fait, un genre de 12 CS mais gourmand 😉 Il était trouvable aux alentours de 50 Euros sur le net au moment de sa sortie, il les vaut sans conteste, à 70 je pense que le 16 présente un meilleur rapport Q/P.
    Longue vie à Lagavulin et à Whiskyleaks !

    • whiskyleaks 11 octobre, 2016 at 19:48 Répondre

      C est vrai que le 12 peut paraître austère. On n a pas goûté le laphroaig cs batch 8 mais on va s en procurer une bouteille. Merci pour l info. Sinon le laga 8 se trouve encore à 60€ sur le net et la ca tient la route avec le 16 à 50€. Longue vie à la tourbe!

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