Le whisky est-il trop cher?

On pourrait appeler ça la loi de la nostalgie. Mettez deux amateurs de malt dans la même pièce et invariablement ils finiront par dire que le whisky est bien trop cher, que c’était mieux avant. Cette nostalgie de l’époque bénie (jusqu’en 2009) où le Port Ellen se négociait à 200€, où les vendeurs de La Maison du Whisky devaient redoubler d’inventivité pour refourguer du Karuizawa à 100€ à des amateurs qui n’en avaient rien à foutre de cette distillerie japonaise fermée.  En 2017 tout le monde couine et une soirée avec des amateurs de whisky peut facilement se transformer en une session de complaintes en mode mur des lamentations : « Oh mon dieu faites que le prochain batch de Lagavulin 25 sorte à moins de 300€ ». Franchement vous pouvez toujours vous brosser, ça n’arrivera pas et le dieu du whisky, communément appelé Diageo, ne fait pas dans la philanthropie. De quoi ces couinements sont-ils le mal ? Pourquoi les amateurs passent le plus clair de leur temps à se plaindre des tarifs excessifs sans pour autant se détourner de leur passion ? Et puis d’ailleurs, ont-ils raison de se plaindre ? Le whisky est-il vraiment trop cher ?

 

Lagavulin 16, l'étalon-or du whisky

Non, le whisky est toujours abordable.

« C’était mieux avant, on nous taxe trop, on n’est pas des pigeons, libérez Frigide Barjot euh Macallan ! » Mais fermez la une bonne fois pour toute et filez au supermarché vous acheter un Laphroaig ou un Caol Ila (moins de 30€), un Lagavulin 16 (moins de 50€)! Mieux encore, passez chez votre caviste et embarquez un Kilkerran 12 ou un Aultmore 12 (autour de 50€) et vous verrez que le pparadis du malt est accessible au commun des mortels. Non le whisky n’est pas trop cher. Le plaisir que peuvent procurer 3 cl de Springbank 10 (0,70€ le cl) est immense en comparaison de cette somme dérisoire. Il en va de même avec de nombreux whiskies, quelques gouttes de Benromach 10, ce speyside old school aussi génial que bon marché, suffisent à réconforter l’amateur soucieux de ses finances. Autour de 70 € on trouve de merveilleux whiskies, que dire de l’Ardbeg Uigedail ou du Lagavulin 8 dont le rapport prix plaisir est exceptionnel ? Que ces classiques ne soient pas assez bien pour la frange réactionnaire c’est une chose mais non, on trouve toujours des whiskies géniaux à des prix plus que corrects.

 

crédit: whiskyledger

C'est cher mais on comprend pourquoi

Quand on s’intéresse au prix du whisky, le problème de la rareté se pose très vite. Certaines séries limitées sont tellement attendues qu’elles disparaissent des rayons en un clic et finissent aux enchères pour 10x leur prix initial. L’exemple du Yamazaki sherry cask est en ce sens assez parlant. Sorti aux environs de 90€ il s’est tout de suite vendu plus de 1000€ aux enchères. On oublie trop souvent que le whisky est un produit marchand, une industrie. On ne peut pas décemment en vouloir à Suntory, d’avoir lancé le Yamazaki Sherry Cask 2016 autour de 300 €. Pourquoi laisseraient-ils des spéculateurs se faire du pognon sur leur dos. En positionnant leur whisky à un prix plus élevé ils espéraient éviter ce phénomène. Au final cela n’a pas suffi car cette version a encore une fois atteint des sommets aux enchères mais la part leur revenant est désormais plus importante. On peut déplorer que ce soit les sites d’enchères qui fixent le prix des séries limitées mais il est difficile d’en vouloir aux marques qui essaient de récupérer leur part. Les exemples de ce type sont nombreux (Chichibu, Kavalan, Balvenie tun, Ardbeg…) mais ne touchent que les séries limitées. On peut tout de même reprocher aux marques de miser beaucoup sur ces embouteillages exclusifs pour nous vider les poches.

 

Longmorn 23, le turbo lol signé Pernod-Ricard

Oui on nous prend pour des cons

Parfois, il faut bien l’admettre, les marques nous prennent vraiment pour des crypto-mongoliens. Avec l’annonce du lancement de ses nouveaux embouteillages de Longmorn à l’automne dernier, Pernod-Ricard a mis la barre très haute. Jusqu’ici le 16 ans tournait autour de 80€, rien de scandaleux en somme. Avec le changement d’étiquette il sera désormais disponible autour de 180 €…. Mais là où le groupe français tape encore plus fort c’est lorsqu’il annonce qu’une version de 23 ans va voir le jour avec un prix affiché de 1200€. 1200 boules sérieux ? Les mecs pensent vraiment qu'un gogo va acheter ça ? Dans une démarche de foutage de gueule international, Diageo, le n°1 des spiritueux est également capable des plus grands affronts. Avec ses special releases 2015, le groupe avait trouvé opportun de sortir un Clynelish sans mention d’âge à 700 balles. HOOOO Diageo ?! Qui s’occupe de la politique tarifaire chez toi ? Un élève de ce2 ? Un poulpe neurasthénique ? Donald Trump ? Le pire la dedans c’est que pour l’avoir goûté on peut vous assurer que c’est un excellent whisky à 60 €. Pour finir on s’est pas mal marré récemment avec un Caol Ila agé de 5 ans Provenance pour La Maison du Whisky vendu à 79€. Lol les mecs, bien tenté. Le pire c’est qu’il est peut être bon (on l’a pas goûté) mais 79€ ? vraiment ?

Trois options s’offrent désormais à l’amateur :

1-se concentrer sur les classiques permanents et oublier les séries limitées

2-continuer à boire du Japonais mais arrêter de se plaindre du prix

3-passer au rhum

Perso on a opté pour une combinaison des options 1 et 3 mais de grâce, arrêtons de chouiner.

En bonus, on vous colle un extrait du catalogue 2009 de LMDW. les nostalgiques peuvent sortir les mouchoirs.

 

 

Leave a reply