Yoichi 10, 15 et 20 ans: L’Age des Extremes!

 

Yoichi 10,15,20

La Gamme Single Malts Yoichi ©www.japanese-whisky.com

 

Le délire actuel sur les whiskies japonais, qui sont aux spiritueux ce que les cup-cakes étaient au monde de la pâtisserie autour de 2005, ont un cout certain : la disparition des mentions d’âge sur les étiquettes des single malts nippons. Si Suntory avait été le premier à dégainer, avec notamment les expressions Distiller’s Reserve, la compagnie d’Osaka avait quand même eu le bon gout de conserver ses single malts phares : Yamazaki et Hakushu en version 12, 18, et 25 ans.

 

En annonçant la disparition des mentions d’âge sur tous les single malts de la gamme, Nikka a choisi du pousser le concept un poil plus loin. Depuis le mois de juin et le fuitage de l’information, le monde du whisky est en émoi et nombre d’amateurs se sont jetés a corps perdu sur les étals des cavistes sur lesquels trainaient encore quelques bouteilles de Yoichi ou de Miyagikyo.

 

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Cette évolution signale un changement d’époque dans le monde du whisky japonais, victime de son formidable succès. Les producteurs locaux, qui n’avaient pas anticipé l’accroissement exponentiel de la demande se trouvent aujourd’hui en rupture de stock. Une solution radicale dans une période d'accroissement extreme de la demande ayant pour conséquence un bouleversement du paradigme commercial liant la qualité du whisky à son age. Comme l’explique le site Nonjatta (qui est sans doute la source la plus fiable en ce qui concerne le whisky de l’archipel), dans les années 1990 Nikka avait mis de coté très peu de futs pour un vieillissement long, afin de répondre à une demande alors essentiellement locale de blends bon marché vendus en bouteille en plastique…

 

La période dorée des années 2000, qui a vu les Yamazaki, Yoichi, et autres Karuizawa s’imposer sur la scène internationale, a donc eu pour effet de signer l’arrêt de mort des vieux whiskies japonais. Pour l’instant tout au moins…

 

Avant qu’elles ne deviennent vraiment introuvables nous avons donc décidé de gouter trois expressions standard de la distillerie, les 10, 15, et 20 ans. A noter que l’organisation du politburo whiskyleaks étant ce qu’elle est, nous avons perdu le sample du 12 ans qui aurait du faire figure de quatrième larron…

 

Yoichi 10 ans (45%, OB 2014)

 

Yoichi 10

 

Œil : Cuir Doré

 

Nez : Beaucoup d’agrumes des le départ. Creme patissiere, chou à la creme et baba au rhum. Puissant, on sent bien l’alcool, les 45 degrés font leur effet. Tourbe lointaine façon vieux Talisker. Un coté marin qui n’est pas sans rappeler les whiskies des Iles. Un peu de café. Dépote. Pas mal du tout.

 

Bouche : Picote comme un jeune. Registre assez classique, crème pâtissière et chocolat au lait, un gout quasiment transparent : comme un tempura fait dans de l’huile neuve (#ronlandbarthes). Le gout te fuit un peu. Salé. Bien intégré mais assez neutre. Se boit avec plaisir.

 

Finale : Moyen longue. Plutôt fruitée et salée, sur des notes de pêches. Joue dans la même catégorie que le Talisker 10. Ses imperfections lui confèrent un certain charme.

 

Note : BBB

 

Prix: Entre 50 et 80 euros, les prix varient pas mal, faire attention de ne pas se faire avoir.

 

Yoichi 15 ans (45%, OB 2014)

 

Yoichi 15 

Œil : Cuivre

 

Nez : Plus de sherry mais on reste encore sur des notes d’agrumes, plus fruité et alcooleux. Débouche le nez. Raisins de Corinthe et pêches de vigne. La tourbe est toujours la, en fond. Vanille de Madagascar et crème glacée. S’ouvre après 10mn dans le verre et développe un coté marin et floral. Une identité forte.

 

Bouche : Couillu en bouche. Ouvre sur des notes de cuir et de tabac, café amer, expresso italien. Banane. C’est bon. Met une grosse gifle au 10. Mélange sucré-salé. Grosse impression marine. La tourbe est encore en retrait, atténue l’influence du sherry et donne à l’ensemble un bel équilibre.

 

Finale : Longue. Moka et fruits verts. Légère amertume.

 

Note : A

 

Prix: Entre 100 et 130 euros (Bourgeoisie de Province)

 

Yoichi 20 ans (52%, OB 2014)

 

Yoichi 20

 

Œil : Cuivré

 

Nez : Sherry fais moi peur ! Tabac, cuir, cirage, un tout autre délire. Un profil terrien et minéral. Sent grave la terre. Whisky des Causses. On retrouve des fruits extra-murs et des agrumes mélangés avec des senteurs de vieux bouquet. Entêtant en tétant. Un coté de vieux bois qui rappelle les chais. Une cave à vin en bouteille. Chocolat noir. Un coté vinaigre. Souffre. La tourbe a été comme avalée par le fut.

 

Bouche : Viril. Un coté médicinal très affirmé. Esprit maritime avec une belle intégration, plein d’iode et de sel de mer. Tellement unique que ca pourrait être un single-cask. Parfaitement bancal. Caramel au beurre salé. Un whisky unique. Très herbacé avec un coté sauce miso et algues.

 

Finale : Extra longue. Sauce d’huitres et moult fruits tropicaux.

 

Note : AA+

 

Prix: Entre 250 et 300 euros (Aristocratie Terrienne)

 

On le savait déjà mais on ne se lassera jamais de le répéter : les whiskies Yoichi ont un profil absolument unique : puissant, maritime et terrien à la fois. La gamme était très complète avec une évolution graduelle du 10 ans jeune mais bien branlé vers le 15 ans équilibré et fougueux, et finissant par le fabuleux et complètement baroque 20 ans. Il faut bien le dire, même si l’on en achetait rarement parce que les prix nous paraissaient exagérés, la disparition de la gamme de single-malts Yoichi nous met un petit coup derrière la nuque. Gardez vos bouteilles, vous aurez peut être l’occasion de les ressortir un jour comme des trésors, rares témoignages d’une époque révolue…

 

 

A noter que le 10 ans se trouve encore assez facilement chez les cavistes et en ligne (ici sur uisuki.com). On vous conseille fortement de sortir la carte bleue si vous tombez sur le 15 ou le 20 ans. Ils ont du futur collector dans les veines...

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