Yoichi 20 ans (52% OB, c. 2013): L'invention de la Tradition

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Yoichi est à juste titre considérée comme la plus traditionnelle des distilleries Japonaises. Fondée en 1934 par Masataka Taketsuru, elle reprenait, au détail près, le design des alambics de Longmorn dans le Speyside, ou le jeune ingénieur Nippon avait étudié les méthodes de distillation écossaises. C’est aujourd’hui la seule distillerie de l’archipel dont les alambics sont chauffés directement au charbon, un procédé couteux et antique mais qui donne au whisky du cru un charme suranné et un coté imprévisible et viril.

Cette tradition, dont Yoichi ne saurait faire fi, nous renvoie a ce Japon d’avant guerre ou l’imitation et le possible dépassement de l’occident faisaient lieu d’idéologie nationale et se trouvaient érigés en véritable devenir historique. A ce titre, la distillerie d’Hokkaido est, plus que toute autre, ce qu’Eric Hobsbawm nommerait le lieu de « l’invention de la tradition », dont elle se veut aujourd’hui la gardienne.

Vieilli en fut de Sherry, ce Yoichi 20 ans, adoubé par la critique mais proposé a un prix prohibitif (250 euros), est le sommet de la gamme qui comprend d’autres expressions (15 ans, 12 ans, 10 ans, NAS).

Voyons ce que cela donne :

Couleur : Ambré léger

Nez : Très boisé et terrien, tourbe, pin des landes, cèdre, comme une clairière a l’automne, argile. Profil japonais qui n’est pas sans rappeler les whiskies marqués par les futs de sherry comme Karuizawa et Yamazaki 18 ans. Tabac blond qui s’affirme après une dizaine de minutes dans le verre, cuir, vieux papier. Raisins secs et mures qui font que l’on se trouve suspendu entre le salon de thé et la foret domaniale. Comme un vieil armagnac. Elégance extrême, fumée légère et fruits confits, un peu de caramel et d’eau de fleur d’oranger. Un whisky de terroir. Superbe !

Bouche : Puissant et velouté. On est dans un registre plutôt salé. Amertume soulignée mais loin d’être déplaisante car elle se fond bien dans la masse. Un soupçon de souffre (allumettes) qui s’estompe au profit de notes de cuir, de caramel au beure salé et de miel. Les épices sont très présentes, piments habanero qui soulignent une tourbe tout en suggestion, poivre blanc, et un peu de gingembre pour ce coté asiatique que l’on ne peut s’empêcher de mettre en avant lorsque l’on parle de whisky japonais (l’empire de singes). Pommes granny et ananas, le tout a beaucoup de peps, un whisky athlétique et précis !

Finale : Vraiment longue. Réglisse caramélisée ( ?), retour du sucre, anis et cerises confites encore, un bien beau mélange entre bonbons de grand-mère et cake aux fruits. Sans doute le meilleur whisky japonais produit aujourd’hui. Brillant et unique.

Note AA : (Osamu Dazai)

Prix : Entre 200 et 250 euros (Aristocratie Financiere). C'est dommage, s'il coutait 120 balles on en boirait presque tous les jours. Il ne nous reste plus que le Nikka from the Barrel pour pleurer...

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